18 février: Fra Angelico, patron des artistes

Le 3 octobre 1982, Jean-Paul II avait proclamé bienheureux le peintre dominicain Giovanni de Fiesole, mieux connu sous le nom de « Fra Angelico », le frère angélique. Il l’avait fait motu proprio, c’est-à-dire de son propre mouvement, de sa pleine autorité, sans attendre qu’un miracle soit officiellement reconnu. Ce pape ami des artistes, lui-même poète, comédien dans sa jeunesse, avait ainsi donné aux artistes un patron et un modèle. Cette parole du Christ prend ici toute sa couleur : « Tout arbre bon donne de beaux fruits » (Mt 7, 17).

Fra Angelico

Le peintre angélique

Fra Angelico naît à Vecchio, près de Florence, vers 1400. Il reçoit au baptême le prénom de Guido. Après avoir appris le métier de peintre et de miniaturiste à Florence, il fait partie des « Compagnons de Saint Nicolas » dans l’Église du Carmel. Attiré par la vie religieuse, il entre chez les Frères Prêcheurs qui vivent à Fiesole dans le couvent de Saint-Dominique. Il prend le nom de Giovanni (Jean) et a pour prieur et pour maître des novices saint Antonin, le futur archevêque de Florence.

Frère Jean étudie la théologie à Foligno et à Cortone, où il est ordonné prêtre. Il est nommé vicaire puis prieur. Même s’il s’acquitte avec zèle des charges qui lui sont confiées, c’est la peinture qui l’intéresse. Il peint de superbes images de Marie, dont « l’Annonciation » et le « Couronnement » pour l’église de son couvent. Vasari dira que ces œuvres semblent avoir été peintes par les mains d’un saint ou d’un ange. Maître d’un atelier, le religieux réalise des peintures pour d’autres églises.

De 1439 à 1445, il est envoyé à la nouvelle communauté dominicaine de Saint-Marc à Florence. Ce sera une période intense de création où le religieux peint les célèbres fresques du cloître, de la salle du chapitre, des couloirs et des cellules du couvent. Il deviendra économe de la communauté; cette décoration du couvent restera sa grande œuvre. C’est la sereine intégration entre sainteté et création, oraison et art. L’austérité fait place à la sérénité, la technique, à la contemplation du mystère. L’artiste y exprime ici la beauté de Dieu. Il contemple l’amour divin qu’il exprime par des couleurs lumineuses, surtout le bleu.

Présence à Rome

Le pape Eugène IV, présent au couvent de Saint-Marc lors de l’inauguration en 1443, est tellement impressionné par l’œuvre qu’il fait venir le peintre à Rome. Il lui confie la mission de décorer un oratoire dans l’église Saint-Pierre et la chapelle du Saint-Sacrement au Palais du Vatican. Proposé pour être archevêque de Florence, frère Jean décline humblement cette responsabilité et suggère le nom de son ancien prieur, Antonin.

L’artiste peint une partie de la chapelle de Saint Brice à Orvieto. Il retourne au Vatican en 1447 pour y peindre la chapelle de Nicolas V, successeur d’Eugène IV, surnommée la « Chapelle Nicoline ». Il peint les épisodes de la vie de saint Étienne et de saint Laurent. C’est donc un saint qui peint d’autres saints, insufflant à ses figures célestes cette grâce qu’il puise dans la contemplation du mystère de Dieu. La lumière que reflètent ses tableaux laisse entrevoir un rayon de la gloire de Dieu.

Fra Angelico se crée lui-même en créant des œuvres. Sa vie est son chef-d’œuvre. Chez lui, beauté de l’art et beauté de l’âme ne font qu’un. C’est la Parole de Dieu qui le guide dans sa vie et cette même Parole l’inspire dans sa peinture. Élu prieur de Saint Dominique de Fiesole, pour succéder à son frère Benedetto qui vient de mourir, il termine quelques peintures qui lui avaient déjà été commandées.

Il retourne à Rome pour y mourir le 18 février 1455. Il est enterré dans l’église du couvent dominicain de la Minerve. Deux épitaphes font l’éloge de sa sainteté et de son art. Il y est appelé « vénérable » et « vrai petit serviteur de Dieu ». En 1915, on ouvre sa tombe pour la première fois. Son crâne est bien conservé. En 1955, Pie XII inaugure au Vatican une exposition de ses œuvres. On publie dans les années 60 des études pour sa cause de béatification. En 1975, sa tombe est restaurée et on y replace ses reliques. Le 3 octobre 1982, Jean-Paul II signe le décret autorisant le culte du bienheureux dans l’ordre de saint Dominique.

L’art devenu prière

Le 18 février 1984, le Saint-Père préside la première fête liturgique du bienheureux, dans l’église dominicaine de Sainte-Marie-de-la-Minerve, au centre de Rome, où repose son corps. C’est au cours de cette célébration du Jubilé des artistes qu’il proclame Fra Angelico patron des artistes. Voici des extraits de l’homélie dans laquelle Jean-Paul II résume bien la vie de celui dont l’œuvre fut un chant à Dieu, en présence des anges :

"Fra Angelico est resté, dans le souvenir de l’Église et de l’histoire de la culture, comme un extraordinaire religieux-artiste. Fils spirituel de saint Dominique, il exprima par le pinceau sa « summa » des mystères divins, comme Thomas d’Aquin l’énonça par le langage théologique […] Surnommé « Angelico » pour sa bonté de cœur et pour la beauté de ses peintures, frère Jean de Fiesole fut un prêtre-artiste qui sut traduire en couleurs l’éloquence de la parole de Dieu […] En lui la foi est devenue culture et la culture est devenue foi vécue. Il fut un religieux qui sut transmettre par l’art les valeurs qui sont à la base du mode de vivre chrétien. Il fut un « prophète » de l’image sacrée : il sut atteindre les sommets de l’art en s’inspirant des mystères de la foi. En lui, l’art devient prière."

Fra Angelico avait l’habitude de dire : « Quiconque fait les choses du Christ doit être tout entier au Christ. » La qualité spirituelle de son œuvre picturale et l’intégrité de sa vie témoignent encore aujourd’hui que cet homme n’appartenait qu’au Christ. La lumière du Christ, que l’on peut contempler dans ses tableaux, a brillé devant les hommes. Il en est ainsi de tout art sacré qui facilite notre marche vers Dieu en nous aidant à nous tourner vers son mystère. Aussi pouvons-nous rendre gloire au Père pour ces peintres d’hier et d’aujourd’hui qui ont su rendre visible l’invisible en se laissant transfigurer par la lumière du Christ. Oui, en voyant leurs bonnes œuvres, nous ne pouvons que rendre gloire à notre Père qui est dans les cieux (voir Mt 5, 16).

Prière

Seigneur Jésus, Image de la beauté du Père,
nous te rendons grâce pour ceux et celles
qui font de leur vie une œuvre d’art.
Que ta Parole s’exprime par leurs talents.

Tu as comblé Fra Angelico de ton amour,
enivre-nous de la joie qui l’animait.
Toi qui nous as restaurés par ta mort-résurrection,
ouvre nos cœurs à ta miséricorde infinie.

Envoie ton Esprit créateur pour le bien de tous,
qu’il unifie en notre être le matériel et le spirituel,
qu’il agisse en nous par la diffusion de ses dons,
nous rendrons gloire éternellement à notre Père.

Ce texte est tiré de la nouvelle édition revue et augmentée de Les saints, ces fous admirables, Novalis, 2018, p. 79-82.

Les saints, ces fous admirables: nouvelle édition
Prière de carême 2018

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