Le blogue de Jacques Gauthier

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Avons-nous besoin de salut?

Un jour, j’étais à Cuba et je me baignais dans une mer houleuse. Je m’étais éloigné du rivage sans m’en rendre compte, aspiré au large par le ressac des vagues écumeuses. Je ne touchais plus le fond, le souffle commençait à manquer. Je me concentrais sur ma respiration pour ne pas paniquer. J’espérais m’en sortir en nageant de côté à travers le vacarme des flots déchaînés. J’avais l’impression de faire du surplace. Je parlai spontanément au Christ, comme il m’arrive de le faire dans la journée : « Ce serait complètement absurde de mourir ainsi, donne-moi la force de m’en sortir ». Finalement, après un ultime effort, je sentis le sable sous mes pieds. Ouf ! J’étais sauvé. Je partageai ma mésaventure à mon épouse. Je me voyais comme un survivant sur la plage, rempli d’espérance en la vie, qui ne tient vraiment qu’à un fil.

Recit dun passage 1

Face à la mort, la vie devient tellement précieuse. J’ai relaté dans Récit d’un passage les derniers mois de la vie de mon beau-père, décédé un 10 novembre. Il me semble que mon accompagnement auprès de lui m’a rendu plus humain et plus lucide face à la mort. J’ai surtout retenu trois choses de cette expérience. La vie n’a de sens que dans la perspective d’un salut qui la libère de toute impasse. La mort n’a de sens que dans le don d’une vie éternelle en Dieu. Entre les deux, l’amour constitue le chemin d’un tel salut et l’horizon d’une éternité à venir. 

Le salut apporté par le Christ, transmis par les apôtres jusqu’à nous, peut sembler abstrait si nous ne savons pas de quoi il est venu nous sauver. Posons-nous ces questions qui peuvent créer du sens, raviver notre espérance : Est-ce que je ressens un besoin vital d’être sauvé ? Qu’est-ce qui doit être guéri, libéré, en moi ? Est-ce que je me sens perdu sans la miséricorde du Christ, lui qui n’est pas venu « appeler des justes, mais des pécheurs » (Mt 9, 13). Pensons au bon larron, canonisé par Jésus lui-même : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23, 43). C’est ainsi que « les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » (Mt 21, 31).

Le salut prend une nouvelle dimension quand on se sent démuni face à l’épreuve, la maladie, la mort. Les apôtres s’affolaient durant la tempête, alors que la barque se remplissait d’eau et que Jésus dormait sur un coussin à l’arrière : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » (Mc 4, 38). Même s’il est « bon d’espérer en silence le salut du Seigneur » (Lm 3, 26), il est opportun aussi de crier vers lui. « Un pauvre crie ; le Seigneur entend ; il le sauve de toutes ses angoisses » (Ps 33, 7). Le livre de Ben Sira le Sage le dit aussi à sa manière : « Mets ta confiance en lui, et il te viendra en aide ; rends tes chemins droits, et mets en lui ton espérance » (Si 2, 6).

Est-ce à dire que nous sommes sauvés des catastrophes, des maladies, du malheur ? Non. Le salut chrétien n’est pas la pensée magique. Le Christ, par la puissance d’amour qui jaillit de sa croix, nous aide surtout à résister aux forces de mort qui nous habitent. Dès le début de son ministère, il annonce que les temps sont accomplis et que le règne de Dieu est tout proche. « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15). Il inaugure le royaume de Dieu en détruisant la mort par sa passion et sa résurrection, ouvrant ainsi les portes de la vie éternelle à ceux et celles qui croient en lui. « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra » (Jn 11, 25).

Le salut que le Christ apporte touche toute la personne. Il se manifeste par la guérison du corps et de l’âme, le pardon des péchés, la relation filiale au Père, l’amour des ennemis, l’accueil du plus petit, l’accès à la vie éternelle. La pierre du tombeau ne pouvait pas emprisonner l’espérance d’un tel salut. La mort n’était pas de taille à retenir ce corps qu’envahissait déjà une joie ascensionnelle. Tout recommence au clair matin de Pâques. Telle est l’espérance chrétienne. Car Jésus ne s’est pas endormi dans la barque de nos vies, il marche avec nous dans la tourmente, malgré les vents contraires et la mer agitée.

Pour les croyants, ce mystère pascal célébré dans la liturgie chrétienne nous enracine dans l’aujourd’hui de Dieu et nourrit notre espérance. Nous nous laissons prendre par ce mystère du salut déployé au long de l’année liturgique sans en comprendre toute la teneur. Comment saisir Celui qui nous saisit de l’intérieur? Mais sa parole nous sauve aujourd’hui, comme Zachée : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19, 9).

Ainsi, je suis "traversé par l'espérance / que je larque dans l'avenir / habité par la confiance / qui déborde du présent" (Un souffle de fin silence, éditions du Noroît, 2017, p. 17).

Extrait d'un article paru dans la revue Prêtre et Pasteur, Montréal, novembre 2017, p. 595-601.

Pour aller plus loin: Récit d'un passage et Un souffle de fin silence.

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Le salut chrétien, source d'espérance
Préface de mon livre sur le père Caffarel

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