L'espérance pascale

Durant la Semaine sainte, nous avons communié au grand cri de Jésus sur la croix: « J’ai soif ». Mais il a soif de quoi et de qui, si ce n’est d’amour et de nous. Comment étancher cette soif divine si nous ne sommes pas affectés par les fléaux sociaux, les suicides, la pédophilie, les viols, les guerres, les trahisons, les tortures, les maladies, les injustices, les foyers brisés, les meurtres, les attentats terroristes? Jésus a tout pris sur lui dans sa passion et sa résurrection : la misère humaine, les cris du monde, le sang répandu de tant d’innocents.

Le témoignage d’Arnaud Beltrame

L’échec n’a plus le dernier mot depuis la mise au tombeau du Fils de Dieu. Avec lui, qui perd, gagne. Il a vaincu la mort par sa résurrection, il nous accompagne dans tous nos passages. Nous prenons le parti de la vie en tenant le pari de la foi au Christ. Par lui, avec lui et en lui, il est toujours possible de recommencer, car il est venu apporter le pardon, la vie en abondance.

christ.paque

Comment ne pas penser au geste héroïque du colonel Arnaud Beltrame qui a échangé sa vie contre celle d’un otage ? Ce don me rappelle celui de saint Maximilien Kolbe, mort le 14 août 1941 dans le bunker de la faim à Auschwitz après avoir pris la place d’un père de famille. Comme lui, Arnaud Beltrame est allé au bout de l’ultime sacrifice en donnant sa vie à la suite du Christ, triomphant ainsi du mal. « C'est le geste d'un gendarme et le geste d'un chrétien. Pour lui les deux sont liés, on ne peut pas séparer l'un de l'autre », confiait son épouse au magazine La vie du 26 mars 2018. Remplie d'espérance pascale, elle voyait sa mort comme une Pâques. « Les obsèques de mon mari auront lieu en pleine Semaine sainte, après sa mort un vendredi, juste à la veille des Rameaux, ce qui n'est pas anodin à mes yeux. C'est avec beaucoup d'espérance que j'attends de fêter la résurrection de Pâques avec lui. »

La victoire de Pâques nous dit que lorsqu’une porte se ferme, le Ressuscité en ouvre une autre que nous n’aurions pas prise spontanément. Ce peut être l’annonce d’une maladie incurable, le décès d’un être cher, la perte d’un emploi, la séparation d’un couple, la trahison d’un ami, la douleur d’un enfant. Nous nous ouvrons alors à l’inattendu de Dieu qui change la souffrance en joie, les peurs en confiance, les lamentations en louange, le découragement en espérance.

En présence des deux Marie

Les femmes craintives qui, de grand matin, se sont rendues au tombeau ont expérimenté cette espérance divine qui surmonte le désespoir et dénoue le cœur inquiet. Leur Jésus, compagnon d’épreuve, a jailli de leur puits intérieur comme une source : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé. » (Mc 16, 6)

Dans la prière silencieuse et confiante, nous découvrons cet endroit profond où Jésus est déposé, le lieu de notre cœur où la Trinité demeure. Nous expérimentons cette filiation profonde qui nous unit au Père en son Fils dans l’Esprit. Le mystère de l’invisible amour nous suit partout et colore nos nuits d'espérance. Deux Marie peuvent nous servir de guides dans cette aventure de foi. Marie de Magdala, qui était là au pied de la Croix, et Marie de Nazareth, que Jésus a donné comme mère à Jean.

 À l’ombre de sa douleur, la Mater dolorosa croit pour tous. Elle n’est qu’accueil et prière, attente et réconfort, méditant dans son cœur la mort du Fils, sa mise au tombeau et l'annonce de la résurrection : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » (Lc 9, 22)

Vendredi, c’était l’heure des ténèbres, il y avait du sang partout, mais Satan n’a pas vaincu le Christ, lumière du monde. La nouvelle Ève se tient debout, toujours en prière, anticipant le retour du Fils, espérant contre toute espérance : « Reviens, Jésus »! Comment ne pouvait-il pas lui apparaître en premier, en secret, avant l’autre Marie qui deviendra l’apôtre des Apôtres? « Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit. » (Jn 20, 18)

À la Veillée pascale, nous avons brûlé d’une joie profonde, comme si nous vivions la naissance d'un enfant. Au contact du feu nouveau, nous avons chanté l’alléluia du premier-né d’entre les morts. L’épreuve de la nuit s’est transformée en fécondité: Le Père a glorifié son Fils. Jésus est vivant, il a vaincu la mort. Et les deux Marie, délivrés des douleurs de l'enfantement, exultent devant la nouvelle naissance : « Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. »

Prière

Ô Christ ressuscité, tu es vivant,
tu nous redonnes un second souffle
par l’Esprit Saint qui habite en nous.
 
Tu nous invites à renaître dans la lumière,
à sortir des tombeaux qui nous paralysent,
à couper les bandelettes qui nous momifient.
 
Béni sois-tu pour ta victoire sur la mort,
pour ton corps glorieux entre nos mains,
pour ton invitation aux noces éternelles.
 

Pour aller plus loin : Les saints, ces fous admirables (Novalis).

Recension: Les saints, ces fous admirables
Le grand silence du Samedi saint

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