Lys des Agniers, Kateri Tekakwitha

Sainte Kateri Tekakwitha est fêtée dans l'Église le 17 avril. Jeune femme de paix dans un monde d’hommes guerriers, elle a suivi le chemin de son cœur, balisant des sentiers d’intériorité hors de sa tribu. La spiritualité chrétienne de cette humble orpheline sonne juste parce qu’elle est allée au bout de son désir : ne vivre que pour Dieu, que sa tradition appelle le Grand Esprit, et ne suivre que Jésus.

L'attrait pour la solitude

Kateri est née en 1656 dans le village mohawk de Ossernenon, aujourd’hui Auriesville, dans l’état de New York. Sa mère Kahenta, une algonquine chrétienne, aimerait bien la faire baptiser par les missionnaires, mais son mari, le jeune chef Kenhonwonkha du clan des Tortues de la tribu des Agniers, reste hostile à cette nouvelle religion. On peut penser que la spiritualité de Kateri fut inspirée par la foi catholique de sa mère. Elle la voyait souvent prier et elle lui racontait des histoires sur Jésus apprises jadis par les Français. Cette vie spirituelle sera complétée plus tard par les missionnaires jésuites. 

Kateri Tekakwitha

En 1660, une épidémie de petite vérole frappe la jeune famille. Tous les membres de sa famille meurent. À son tour, Kateri attrape la maladie. La fièvre finit par baisser, mais les rougeurs ont laissé des marques sur son visage et altéré sa vue. Elle restera fragile et ne verra plus normalement. Elle portera souvent un voile sur la tête pour se protéger des rayons du soleil qui lui brûlent les yeux. On lui donnera le nom de « Tekakwitha », ce qui veut dire en langue iroquoise: « celle qui avance en hésitant ». Elle gardera ce nom jusqu'à son baptême. 

Le tempérament de Tekakwitha est plutôt contemplatif. Elle aime rester seule dans sa cabane pour effectuer différents travaux, comme coudre des motifs avec des perles de couleur sur les mocassins et les jupes. Elle aspire de plus en plus à la prière, influencée par des Algonquins et des Hurons chrétiens que les guerriers iroquois avaient amenés dans la tribu. 

Les jeunes Indiens ne s’occupent guère de cette orpheline au sang mêlé qui se promène à demi voilée de sa couverte à cause de la faiblesse de sa vue. L’incompréhension grandit dans la bourgade. On laisse à Tekakwitha les travaux les plus durs. Les jeunes filles se moquent d'elle et les enfants l’injurient et lui lancent des pierres. Kateri va son chemin et reste serviable.

La rencontre des missionnaires

Un jour de 1667, un Mohawk entre dans la bourgade, accompagné de trois hommes blancs qui portent de longues robes noires. Il s’agit des pères Frémin, Bruyas et Pierron. Ils passent trois jours comme invités dans la longue cabane du Grand Chef où Kateri vit. 

Tekakwitha, qui n’a que onze ans, voit pour la première fois les missionnaires jésuites. Elle agit comme hôtesse de son oncle : elle s’occupe d’eux, prépare les repas, subvient à leurs besoins. Elle écoute ces hommes blancs, touchée par leur sainteté et leur bonté. Elle sent monter en elle un grand désir de connaître le Dieu des chrétiens et de le louer. 

Selon les récits de cette époque, on dit qu’elle érigea une croix dans les bois pour y faire ses prières. Les Jésuites de passage sont touchés par sa modestie et sa douceur. De son côté, elle est attirée par leurs manières, leur assiduité à la prière et les exercices qu'ils pratiquent. Elle ne manifeste aucun attrait pour le mariage. C’est un affront qui va contre les coutumes de la tribu. Ses parents adoptifs ne la comprennent pas. 

Le baptême à Pâques

Un jour, la jeune fille des bois s’inflige une profonde blessure à un pied qui la force à demeurer dans la cabane de son oncle. Le père de Lambertville va la visiter comme il le fait pour les autres malades. En le voyant entrer, la joie envahit son cœur. Bien que timide et réservée, elle lui ouvre son âme, lui parle de son amour de Dieu et de son désir de le connaître, puis elle ajoute : « Je veux être baptisée. » Craignant la fureur de son oncle, elle informe le jésuite que cette demande doit rester secrète. 

Contre toute attente, ses parents adoptifs n’y trouvent pas d’objection, surtout grâce à l’arrivée du Grand Agnier qui venait saluer ses amis. Ce guerrier, connu pour son courage, s’était converti au christianisme et il partageait sa joie d’être catholique. Il s'entretint avec l'oncle de Tekakwitha et il sollicita l'honneur d'être parrain de la future baptisée. C’est ainsi que Tékakwitha put librement entrer dans l'Église catholique à Pâques, le 5 avril 1676. Le père Jacques de Lamberville lui donne le nouveau nom d’une sainte chrétienne : Kateri, forme iroquoise du prénom Catherine. Désormais, ces deux prénoms chrétien et mohawk seront inséparables de sa vie, sans renier sa langue et ses racines.  

Certains dans la mission craignent que Kateri délaisse les coutumes de son peuple pour prendre celles des Robes-Noires. Son oncle et ses sœurs veulent de nouveau la marier, mais Kateri veut rester loyale à Dieu, développant une relation si étroite avec lui qu’elle lui parle comme à un ami. Elle est injuriée dans le village par les plus vieux parce qu’elle renonce à la vie normale d'une jeune fille mohawk. 

Le père de Lamberville, très respecté des Iroquois qui l’appellent simplement « l’homme de Dieu », voit bien que la situation ne peut que s’envenimer. Kateri doit partir se réfugier dans une mission de la Nouvelle-France, à Saint-François-Xavier, La Prairie, près de Montréal. Là, elle pourra vivre librement sa foi en Jésus avec d’autres autochtones. Lorsqu’on découvre qu’elle s’est enfuie, son oncle se lance à sa poursuite, la ratant de peu. 

La faim de l’Eucharistie

Kateri est accueillie avec joie par les gens de la Mission. Sa direction spirituelle est confiée au Père Cholenec qui, contrairement à la règle de l’époque, ne tarde pas à l'admettre à la première communion le jour de Noël. Il écrit à son sujet : « À partir de ce jour, Kateri nous sembla différente, car elle demeura toute remplie de Dieu et d’amour pour lui ». 

En ce printemps 1678, on l’admet dans la Confrérie de la Sainte-Famille, malgré son jeune âge. La faim de l’eucharistie envahit progressivement son être. Elle veut s'unir plus intimement aux souffrances du Christ. L'église devient presque sa demeure. Elle y arrive à quatre heures du matin, assiste à la première messe de l'aube et à une autre au lever du soleil. On la retrouve devant le tabernacle plusieurs fois par jour et le soir pour la prière commune.

 Les premiers biographes ont montré l’importance que Kateri accordait aux mortifications et aux jeûnes, surtout après son baptême. Elle abandonnera ses actes de mortifications sur l'avis de son directeur spirituel. Elle désire fonder une communauté de religieuses autochtones qui serait vouée à l’évangélisation des Iroquois, sa santé ne lui permettra pas de mener ce projet à terme. Elle aspire à se consacrer à Dieu par le vœu de chasteté. La virginité vécue par amour pour le Seigneur était inconnue dans la tradition indienne. Kateri n’est pas comprise. 

Le 25 mars 1679, elle prononce privément le vœu de chasteté, devenant la première Indienne à faire une telle consécration. Il faut y voir l’action gratuite de l’Esprit Saint en elle et la réponse joyeuse de sa foi. On comprend que la postérité l’ait surnommée le « lys des Agniers ». Sa devise était : « Qui est-ce qui m'apprendra ce qu'il y a de plus agréable à Dieu afin que je le fasse? » Elle enseigne le catéchisme aux enfants, visite les malades, vit la sainteté en accompissant avec amour les travaux quotidiens.

La vie posthume

Kateri tombe malade en plein hiver après une longue marche vers Laprairie par un temps de grand froid. De violents maux de tête et d’estomac l’obligent de garder le lit sans pouvoir se relever. Elle meurt le mercredi saint, 17 avril 1680. Sa dernière parole : « Jesos Konoronkwa », ce qui veut dire : « Jésus je vous aime ».

Le père Cholenec raconte qu’après son décès, son visage grêlé devint lisse : « Ce visage même si défait et si fort basané changea tout d'un coup, environ un quart d'heure après sa mort; et il devint en un moment si beau et si blanc que m'en étant aperçu aussitôt (car j'étais en prière auprès d'elle) je fis un grand cri, tant je fus saisi d'étonnement. » Plusieurs témoins sont saisis par la beauté de son visage sur lequel brille déjà les lueurs de Pâques. L’Église retiendra ce miracle pour la béatification de Kateri Tekakwitha trois cents ans plus tard.  

On enterra Kateri sur la rive du Saint-Laurent. Elle apparaît à plusieurs personnes, dont un missionnaire, probablement le père Claude Chauchetière, pour lui demander qu’il témoigne de sa vie. Des guérisons miraculeuses lui sont attribuées. Son intercession sera grande auprès des Indiens et des colons de la Nouvelle-France qui auront recours à elle. Sa dévotion va se répandre au Canada, aux États-Unis et à travers le monde. Son sanctuaire se trouve dans la réserve indienne de Kahnawake, également connue sous le nom de Caughnawaga, située dans le diocèse de Saint-Jean-Longueuil, près de Montréal. 

Kateri Tekakwitha est béatifiée par Jean-Paul II le 22 juin 1980 en compagnie de Mgr de Laval et de Marie de l’Incarnation. Il la nomme patronne de l’environnement et de l’écologie, après François d’Assise, à cause surtout de son grand amour de la création. Benoît XVI canonise Kateri à Rome le 21 octobre 2012, devenant ainsi la première indienne d'Amérique du Nord à recevoir un tel honneur.

Pour aller plus loin: Les saints, ces fous admirables, (Novalis, p. 103-107).
Sainte Kateri Tekakwitha. (Le Livre Ouvert).
Lire aussi mon blog du 17 avril 2013

Voir aussi ces deux vidéos de ECDQ sur mon site et sur YouTube:
Reportage sur la spiritualité de Kateri Tekakwitha.
Conférence sur Kateri au village des Hurons de Wendake.

L'appel à la sainteté du pape François

Sur le même sujet:

 

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