Haïkus aux quatre vents

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Haïkus aux quatre vents
, Ottawa, éditions David, 110 pages, 2004.

Encres de Joscelyn Vaillancourt

Prologue

Un rien qui s’efface 

Mon corps se revêt de paroles évanescentes. Un manque m’installe dans l’attente. J’erre jusqu’à l’étonnement. De simples lettres en témoignent sur la page. Elles se mettent en place, comme si j’avais trouvé la pièce manquante d’un puzzle. À cet instant flottant, le monde s’éclaire. Le mot traverse mon cœur et le papier. Puis souffle le vent et tout s’envole, sauf l’au-delà du vent et le non-savoir du haïku. Je cherche alors de nouveaux mots qui brûlent de l’intérieur, pour habiter le temps qui fuit.

Ma maison devient un berceau pour les haïkus à naître. Déjà, ils suggèrent le mystère, cultivent l’attention, explorent l’inédit. Le chemin reste à faire : départ vers la saison, marche en secret, contemplation des petites choses, traduction du silence en paroles, quête toujours recommencée. Et voilà la poésie, avec ses brassées d’ombres et de lumière, ce souffle profond qui veut durer, ce chant de nuit qui me fait entendre ce que je n’ai pas dit.

Je crois en la poésie qui fait advenir à la vie. J’écris comme j’écoute, en cette terre étrangère, si proche et si éloignée, lieu neuf d’enfance permanente et de partage. Je m’embarque sur tel mot, que je dénoue au fil du poème, du haïku, pour mieux entendre la musique du silence et goûter la brûlure du désir.

Le haïku m’appelle et me conduit, je m’abandonne à son pas. Je reviens sur son chemin, avant qu’il ne retourne au silence, et moi au vide, à l’ignorance, où je connais autrement. S’il ouvre à ce brin de clarté que l’on devine, s’il rend visible le rien dans les marges, alors le réel devient plus présent, plus exprimable.

Le haïku se fait chair discrètement dans le quotidien insoupçonné. Il va et vient, inutile et dépouillé, au rythme du poète qui lui fait écho en donnant le sang de son langage. Il arrache au moment éphémère cette part innommée d’invisible qui remet le quêteur sur le chemin de la source intérieure, où la parole débouche sur le silence amoureux, que l’on entend parfois entre les mots.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le haïku, ce rien qui s’efface, convie d’autres haïkus à la fête des mots et des images. La brièveté appelle ainsi son contraire. Cet art d’être bref se soutient dans le nombre. Plusieurs haïkus l’ont précédé, d’autres suivront, pour répéter sans décrire, varier sans raconter, respirer le parfum familier des saisons. Tel ce nouveau recueil qui donne voix à ce qui est humble et fragile, ce qui n’apparaît pas en premier aux métamorphoses du vent, de l’est au sud, de l’ouest au nord.

Quelques haïkus


les pas du marcheur
s’égrènent à la verticale
l’horizon recule

plonger l’aviron
dans le reflet de la lune
qui danse avec la vague

un corps dans la Gatineau
le pont est fermé
épave du casino

les chiens aboient
les oiseaux se taisent
passe la mongolfière

ton corps se moule au mien
nous brûlons à côté
d’une bougie qui s’incline

à tant regarder l’horizon
la neige disparaît
reste la vision

 

LA PRESSE EN PARLE

Dans ce très beau recueil, Haïkus aux quatre vents, l'auteur, toujours présent au monde qui l'entoure, veille comme le ferait un bon gardien et, dans sa méditation concentrative, il nous offre le fruit de son travail long et intérieur […]. Un bijou de livre à laisser à portée de la main... au cas d'une envie urgente de vacances.
Lysette Brochu, Week-end Outaouais, 22 janvier 2005, p. A 5.

Merci pour vos Haïkus aux quatre vents que j'ai lus avec une émotion profonde. Grâce à vous, j'ai découvert le haïku québécois. Vous avez raison, le haïku est un puissant moyen d'investigation. Vous le maniez avec beaucoup de talent et de pureté.
Amélie Nothomb, lettre du 15 août 2011, Pont d'Oye, Belgique. 

 

Pour commander ou en savoir plus:

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