Marcheur d'une autre saison

Marcheur-saison

Marcheur d'une autre saison
, Montréal et Chaillé-sous-les-Ormeaux, Noroît et Le dé bleu, 96 pages, 1995.

Un frisson venu du fond des âges traverse les mots, le sang du langage. Ils jaillissent en silence, de la maison du père. Le poète les cueille à même les rumeurs de son enfance, les odeurs de sa chair. Les mots se nouent à son existence, deviennent son expérience. Ils tiennent leur promesse, le nourissant par la bouche de ses enfants itinérants. Le poète devient père à son tour. Marcheur d'une autre saison, son corps est lié à la substance des choses, aux fugitives saisons de l'âme. Son désir fore un puits au coeur de sa soif. Il quête la parole qui donne à voir, débusque la beauté, suggère une présence. Entré dans la nuit de l'être, il écoute la dernière prière qui coule de source. Pour le poète, chaque mot est un geste d'amour.

TABLE DES POÈMES

Rumeurs d'enfance

La maison de mon père

Marcheur d'une autre saison

La dernière prière

 

Deux poèmes

Tu arrives comme une caresse qui apporte sa promesse. Tu prends mon souffle, mes jours et mes nuits, le sang de mon coeur. Tu m'amènes en des univers que tu inventes au fond de tes poches. Tes jeux, tes solitudes, tes errances m'ouvrent la nuit de l'être.   
À la manière des rêveries des poètes, tu me fais revivre des états d'enfance. Les rires qui secouent ton corps et les larmes qui coulent de tes yeux décrochent des tableaux anciens. Tu engranges pour moi des souvenirs qui panseront plus tard les blessures du grand âge.
L'enfance, comme un livre unique que je porte en secret et qui m'écrit au présent.

Mon père m'est apparu sur un chemin de brume. Je le voyais comme une haute montagne qui invite au sommet. Je le suppliais. Redis-moi le temps qu'il fait, quand mes pas croisent les tiens!  
Mon père gardait silence. Je troquais mon enfance pour des marchandises à rabais. Je partais et revenais sans savoir d'où je venais. Je ne voyais que la montagne, partageant avec les humains la même inquiétude.  
Je suis ce promeneur qui se perd de vue en plein jour, disparaît dans les traces que le vent effaçe à mesure que j'avançe.  
Mon père, devant la route, n'a pas marché à ma place, chacun son voyage. Mon père, devant la porte, n'est pas entré à ma place, chacun sa sortie. Comment pouvait-il savoir la quête que je menais au sommet de ma montagne, à l'oasis de mon désert, quand le désir est blessure et le soleil brûlure?
C'était avant que je ne prenne le chemin du retour, avant que je me rencontre et naise à d'autres images.

 

LA PRESSE EN PARLE

Observateur de l'enfance, le poète est aussi père du verbe [...] Jacques ici nous fait vivre avec émotion ce thème du passage et cet enfant, cette fille qui vient de naître, avec un formidable pouvoir d'évocation [...] Jacques tout au long de ce merveilleux recueil nous a fait parcourir sur des routes emplies d'humaine tendresse, toute une vie d'homme, toute une vie de poète.

Gilles Pauchon, Froissart, no 84, France, printemps 1998.

 

D'emblée, je soulignerais l'inspiration spirituelle et chrétienne qui domine ce recueil et je voudrais dire combien sa cohérence, sa profondeur et son souci d'amour partagé m'ont enthousiasmé et m'ont profondément marqué.

Jean-Paul Dubois, Rétro-Viseur, no 69, France, 1997.

 

Il existe en poésie québécoise, un courant "spirituel" assez vivace, héritier - peut-être même sans le savoir - de la grande tradition des Rina Lasnier, Félix-Antoine Savard et autres grands mystiques du Verbe. Le riche passé religieux du Québec - dont il faudra bien aussi reconnaître, un jour, l'apport positif - a longtemps favorisé ici le développement d'une littérature à caractère méditatif, tout en intériorité, qui fut pendant longtemps notre seul point de rencontre avec la pensée universelle; qu'on le veuille ou non, c'est par le biais de ce courant religieux que le Québec à certains moments de son histoire, fut au diapason de la littérature mondiale.

Jacques Gauthier, avec Jean-Marc Fréchette, Serge Patrice Thibodeau et quelques autres, fait partie de ce groupe de poètes qui reprend à sa manière le flambeau de la spiritualité québécoise. Discret parmi les discrets, sa poésie se caractérise entre autres - ici comme dans ces précédents recueils - par une fascination jamais démentie pour le rituel de la naissance, ses implications métaphysiques et ses dimensions charnelles [...]

Se faire "Marcheur d'une autre saison", c'est chercher refuge dans l'écriture, saisir l'émotion après coup, comme un fruit mûr qui se serait enrichi de méditation: "Je me rapproche, mais pas trop près, pour ne pas perdre la perspective". Voilà une attitude empreinte de classicisme, pleine de dignité, qui me semble caractériser l'ensemble de la production de Gauthier. Chez lui l'émotion séjourne un peu dans l'âme avant d'être livrée comme un bon vin [...] 

Cette transmutation en quatre temps, de l'enfance à la divinité, ajoute une pièce importante à l'oeuvre déjà riche de Gauthier.

Marcel Olscamp, "Les hauteurs familières", dans Estuaire, no 87, avril 1997, p. 79-81.

 

Sa vision prend "de l'altitude", bien au-dessus des ressassements médiocres de tant de recueils, pour s'élargir sur un matin rayonnant de lueurs pascales. Les mots sont alors pèlerins, tous en marche dans le même sens.

Gérard Bocholier, Arpa, no 61, Association de Recherche poétique en Auvergne, Clerment-Ferrand, 1997.

 

Nulle trace, dans le recueil de Jacques Gauthier, de statisme, de monde donné une fois pour toutes, de langage commodément figé dans une vision du monde [...] Il devra chaque jour redécouvrir le silence, mourir au langage, pour que toujours sa parole renaisse authentique. Il ne faudra jamais qu'il cesse de naître, de poème en poème. Et le lecteur amoureux de verbe comme lui le suivra, de naissance en naissance.

Gilbert Côté, "Pour quelques naissances de plus", Zone Outaouais, février 2006.

 

Ici, la vérité autobiographique s'efface devant la création poétique. Les poèmes en prose de Gauthier cultivent un étrange sectionnement du temps aux saisons mêlées qui court-circuite toute linéarité possible, sans pour autant déporter le propos, créant ces pages à la fois indépendantes et solidaires d'un ensemble [...]

Les textes, construits autour de mots d'une grande fluidité, prennent pied dans le paysage ou arpentent les chambres fermées. Il y a dans cette poésie une belle tendresse et une grande humanité.

Jocelyne Felx, 'L'oeil de l'autre", Lettres Québécoises, no 82, été 1996.

 

 

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