Fraternelle souvenance

fraternellesouvenanceFraternelle souvenance. Récit d'un passage, Montréal, Bellarmin, 132 pages, 2009.
(Nouvelle édition en 2016, aux éditions Parole et Silence / Novalis, sous le titre: Récit d'un passage.
Lire le billet de mon blogue pour cette nouvelle édition.

Finaliste au Prix littéraire Le Droit-fiction 2011. 

« Que de saisons pour apprendre à vivre, à aimer, à mourir ! écrit Jacques Gauthier. Que de passages pour assumer sa propre naissance et advenir à son humanité ! Le décès de nos proches est l’un de ces passages. »

En cette époque où la mort et le deuil sont souvent occultés, rares sont ceux et celles qui osent prendre le temps de vivre ce passage essentiel de la vie. Et pourtant que de richesses insoupçonnées recèle pareille démarche ! C’est ce qu’on découvre à travers le témoignage poignant, empreint d’une grande compassion et d’une foi vive, que nous livre l’auteur et poète Jacques Gauthier.

 

Mise en route

Il s’appelait Gilles, il était mon beau-père, et je l’aimais. Il est décédé à l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska le 10 novembre 2006 à l’âge de quatre-vingt-trois ans. Nous lui avons fermé les yeux pour que les nôtres s’ouvrent sur sa naissance. Il n’est pas parti, il est arrivé. Il n’est pas disparu, il est apparu dans le mystère qui l’a tant séduit. Il n’a pas été enlevé, mais accueilli. Il ne s’est pas éteint, mais allumé à un autre feu. Son enterrement fut un enciellement. Pourquoi parler au passé, qu’il soit composé ou simple ? Il s’appelle Gilles, il est mon beau-père, et je l’aime toujours.

Il s’appelait Gilles, il était son frère, et il l’aimait. Il est mort en Sicile, au début de la vingtaine, durant la Deuxième Guerre mondiale. Le sentiment de la perte fut si vif que Jacques Brault mit des années à composer Suite fraternelle, un poème de plus de deux cents vers qui constitue la partie centrale du recueil Mémoire. L’un de ses vers coiffe le titre de ce livre : « Il fait lumière dans ta mort Gilles il fait lumière dans ma fraternelle souvenance ». Ainsi, de Gilles en Jacques, le souvenir se transforme en avenir, et l’écriture en reconnaissance de traces.

Il y eut d’abord L’ensoleillé, une suite poétique sur la maladie et le grand passage de mon Gilles. J’ai abandonné ce recueil à la publication un an après l’avoir écrit, non sans réticences. Trop intime et personnel, sans doute. La lumière de sa mort appelait un autre texte, rédigé en prose celui-là, comme si son regard croisait le mien : « Raconte un peu mon histoire ! » Cette nouvelle démarche d’écriture opéra en moi un lent processus de transformation, de création. L’étincelle était là, le récit a suivi, par petites touches impressionnistes, sans trop connaître ce qui en sortirait. Cette ignorance est féconde ; si je savais, est-ce que j’écrirais ?

J’ai voulu aller au bout de mes mots gangués de terre, jusqu’à l’extrême du silence amoureux. Mais y arrive-t-on vraiment ? Comment s’approprier la mort dans ce qu’elle a d’inexprimable? Mes mots seraient-ils assez beaux pour que l’invisible devienne lisible, au-delà même de l’écriture? Pour cela, il fallait emprunter un chemin de nuit, creuser la solitude du désert, écouter le silence, accepter que mes traces s’effacent à mesure que j’avance vers l’oasis.

J’ai commencé la rédaction de cet ouvrage un an après la mort de Gilles, pour lutter contre l’oubli et me souvenir de lui dans l’absence, qui est une forme supérieure de présence. J’ai voulu évoquer, en de courts chapitres, son pèlerinage de croyant comme on rendrait compte d’une espérance têtue, d’une enfance retrouvée. Il me semblait que dans le vacarme de notre monde, où tant de voix se font entendre, nous avions besoin d’un témoignage de foi comme le sien.

Ce texte en prose est le récit d’un passage, d’une rencontre lumineuse avec « notre sœur la mort corporelle », selon l’expression du Poverello d’Assise. Vous ne trouverez pas beaucoup d’anecdotes, mais des impressions, au sens que Montaigne donnait à ce mot : l'action d'un corps sur un autre.

J’ai vu le corps de mon beau-père diminué, anéanti, tombé en terre comme le grain de blé qui porte la promesse du fruit. Son corps pressé sur le mien appelait d’autres mots pour donner une voix à son silence d’outre-tombe et prolonger les images fugitives de L’ensoleillé.

TABLE DES MATIÈRES

Mise en route
L’annonce liquide
Le pays natal
Première visite
Deuxième visite
Troisième visite
La soli-douleur
Où l’on naît et l’on meurt
La maison invisible
L’onction des malades
La petite sœur espérance
Comme des vases
Les croix de chemin
Les germes de vie
Viens, Seigneur!
L’ami prêtre
La dernière nuit
C’était mieux ainsi
L’autre rive
La mort amoureuse
La levée du corps
La célébration de l’adieu
La mise en terre
En avant
Épilogue

LA PRESSE EN PARLE

En bien des milieux, au Québec comme ailleurs en Occident, on semble avoir oublié que le christianisme n'est pas d'abord une morale contraignante, mais une manière d'habiter le monde qui, sans être le seul lieu de l'homme, se nourrit d'éthique et de poésie pour expliquer l'élan humain. En faisant du récit de la mort de son beau-père croyant «une oeuvre d'art», le poète et essayiste Jacques Gauthier signe une apologétique qui est aussi un plaidoyer pour la fraternité humaine.
Emprunté à un vers du poète Jacques Brault qui évoquait, dans sa sublime Suite fraternelle, la mort de son frère, Fraternelle souvenance, le titre du récit de Gauthier, se veut une invitation à transformer «l'écriture en reconnaissance de traces». Il ne s'agit pas, en ces pages, de raconter des anecdotes pour illustrer le «dur labeur de mourir», mais de livrer des impressions pour témoigner de «l'action d'un corps sur un autre». 
«Il s'appelait Gilles, il était mon beau-père, et je l'aimais, écrit Gauthier. Il est décédé à l'Hôtel-Dieu d'Arthabaska le 10 novembre 2006 à l'âge de quatre-vingt-trois ans. [...] Il n'a pas été enlevé, mais accueilli. Il ne s'est pas éteint, mais allumé à un autre feu.» L'homme, pour le dire autrement, est mort en chrétien. À l'heure où l'on se penche avec obsession sur la mort digne, quitte à lui donner un petit coup de pouce pour être sûr de ne pas la rater, Gilles, qui savait, écrit Gauthier, que «la souffrance n'a pas de valeur en soi [et que] seule la personne qui souffre en a», a vécu ce passage avec le Christ souffrant au coeur, convaincu qu'il verrait «la lumière [...] lui sourire en face, avant Noël». 
La foi de Gauthier, comme celle de son beau-père, est d'une intensité presque troublante. Prolifique auteur d'ouvrages spirituels, l'ex-professeur à l'Université Saint-Paul d'Ottawa et désormais animateur de l'émission Le Jour du Seigneur à la télévision de Radio-Canada est un catholique brûlant, abonné au jeûne purificateur et à l'«expérience de la prière» (titre d'un ouvrage qu'il fait paraître ces jours-ci aux éditions Parole et silence). L'exaltation sanctificatrice qui parcourt son oeuvre est souvent belle, mais constitue, à mon avis, une croix inadéquate et trop lourde à porter pour les chrétiens modernes. S'il faut, en effet, se sentir appelé ici-bas à la sainteté pour être croyant, les rangs des fidèles risquent d'être plus que clairsemés. Comme le disait un vieux prêtre de ma région, le Christ a dit qu'il fallait porter sa croix, pas qu'il fallait s'en fabriquer. 
La vision chrétienne de Gauthier, cela dit, est forte de son inspiration littéraire, qui fait passer l'air du doute et de la fragilité humaine dans sa foi ardente. Avec Bernanos, Teilhard de Chardin, Claudel et Patrice de La Tour du Pin, Gauthier reconnaît que «le silence de Dieu sera toujours éprouvant, car il n'explique rien». Dans ce silence, toutefois, se tapirait «un je ne sais quoi», évoqué par Jean de la Croix. «Que nous soyons sur notre lit de mort ou non, conclut bellement Gauthier, un monde immense habite en chacun de nous. C'est un monde de paroles et de silences, comme une maison non bâtie de mains d'hommes, où chaque pièce s'ouvre sur le désir d'aimer.» C'est le lieu de la dignité.

Louis Cornellier, Le Devoir, 2 novembre 2009, B9. Site Web:  http://www.ledevoir.com/2009/11/02/274908.html

 

Qui n’a pas vécu un passage, celui d’un proche ou d’un intime ? L’entrée lente dans l’autre vie, un départ étalé sur quelques mois, quelques semaines ou même quelques jours, ébranle et questionne ceux qui accompagnent cet être proche.

Le récit que fait Jacques Gauthier est empreint de poésie, de réflexion personnelle, d’anecdotes qu’il a vécues alors que son beau-père de qui il était très proche, faisait son passage. « Ce texte en prose est le récit d’un passage, d’une rencontre lumineuse avec “ notre sœur la mort corporelle “ selon l’expression du Poverello d’Assise » (p. 11).

On le sait, Jacques Gauthier est un auteur très prolifique, écrivain sensible, chercheur de Dieu, qui apporte une parole poétique et chrétienne sur l’expérience vécue. C’est comme s’il faisait ressortir une autre dimension, celle de l’invisible, qui compose toujours la réalité charnelle et matérielle dans laquelle nous vivons notre existence concrète. « Comment s’approprier la mort dans ce qu’elle a d’inexprimable ? Mes mots serait-ils assez beaux pour que l’invisible devienne lisible, au-delà même de l’écriture ? » (p. 10).

Son texte a été écrit environ un an après l’événement, alors que l’émotion s’était atténuée et que la réflexion avait permis d’approfondir le vécu et dégagé le sens qui en ressort.

C’est là le texte d’un poète chrétien qui relie ce qu’il vit à une riche expérience humaine enfouie dans les écrits de nombre d’auteurs rencontrés dans ses lectures et que les faits ne manquent pas d’évoquer. D’où cette myriade de références et de cita- tions, toutes éclairantes et appropriées.

Le mystère chrétien, celui de Dieu avec nous en la personne de Jésus, rayonne de partout dans son texte. Il fait dire à l’auteur que le visage de l’un est le reflet du visage de l’autre. Il voit en celui qui est diminué par la souffrance et la mort grandissante, l’émergence du visage de l’Amour qui s’est donné à nous de manière irrévocable. Ainsi le rite de mise en terre lui fait-il écrire : « il ne restait que Dieu et l’homme en un visa- ge unique, comme dans un miroir » (p. 118).

Décrire l’expérience d’une mort, c’est faire une réflexion sur la vie. « Ainsi les derniers moments de Gilles contenaient plus de vie que de mort » (p. 76). « La Parole enfouie dans sa chair portait du fruit. Son cœur ouvert avait sans cesse accueilli les mots de Dieu. Il y avait une semence éternelle en son corps qui vivait en lui plus que lui- même et qui le fécondait à son insu » (p. 76).

Gaston Sauvé, Nouvelle Revue franciscaine, mai-juin 2010, p. 14.


Lors des funérailles chrétiennes, l'une des dernières recommandations faites à l'assemblée, c'est de recueillir avec respect tout l'héritage spirituel légué par le défunt: « que tout ce qui était saint et grand pour lui, soit respecté par ceux qui continuent son oeuvre". Cette consigne semble avoir inspiré Jacques Gauthier en relatant les utlimes moments de la vie de son beau-père. Un récit passionnant qui nous redit la « passion » de ce croyant convaincu, aux prises avec un cancer agressif [...] Un livre bouleversant par cette foi qui jaillit à tout moment, un livre qui peut aider toute personne qui accompagne l'un des siens dans ses moments de souffrance et d'agonie. « Ce n'est pas assez que je meure en communiant; apprenez-moi à communier en mourant », écrivait Pierre Teilhard de Chardin. Loin d'être un enterrement, ce livre constitue comme un enciellement. Les 25 chapitres, de trois à cinq pages chacun, font pénétrer au coeur de la foi chrétienne. Merci à l'auteur de nous avoir transmis l'héritage précieux de la vie de son beau-père.

Mgr François Thibodeau, Pastorale Québec, juin 2010. Article complet sur Internet: 

http://pastoralequebec.ecdq.org/index.php?page=livres

 

C’est un livre très émouvant. Vous y donnez un témoignage de foi en la vie, en la Vie, en la vie éternelle. Vous vous y investissez beaucoup personnellement, ainsi que votre épouse et toute votre famille. C’est  vraiment une catéchèse initiatique sur la souffrance, la mort et les rites funéraires. Tant de gens ne comprennent plus cela. Alors ils bâclent le deuil ou se fabriquent un rite ajusté à leurs feelings mais sans enracinement dans le sens profond de la vie, ni dans la communauté, ni dans la foi. Je souhaite de tout cœur que cet écrit en fasse réfléchir plusieurs sur ces événements et sur leur sens profond.

Mgr Roger Ébacher, archevêque de Gatineau, courriel du 21 décembre 2009

 

 Lire le billet du blogue de la nouvelle édition du livre en 2016.