La crise de la quarantaine

Émission du 9 novembre

La quarantaine et la crise du désir

 

Peu de gens echappent à la crise de la quarantaine, même si quelques-uns la traversent sans s'en rendre compte. La société "adolescentrique" axée sur l'avoir, la réussite et la performance n'aide pas vraiment à passer ce cap qui conduit à une plus grande maturité. Dérivé du terme grec krisis (décision, jugement), le mot « crise » est utilisé ici dans un contexte évolutif de croissance. La crise devient ainsi un lieu de croissance, une occasion de grandir, malgré les déséquilibres et les peurs. Il faut donc appréhender la crise comme une opportunité non comme un échec. La quarantaine exprime ce défi de croissance. Les symptômes ne trompent pas : solitude, doute, manque de confiance, périodes de dépression, absence de plaisir à accomplir ce que l'on faisait habituellement, indifférence devant la vie, ambivalence, besoin d'aventure et de changement, difficulté à savoir ce que l'on veut, ennui, conscience de la mort, grand besoin d'intériorité, nuit de la foi pour les croyants. Ces indices sont des signaux qui indiquent que des choses sont en train de changer au milieu de notre vie.

Un chemin de renaissance

Tous ne sont pas frappés de la même façon par cette étape de la quarantaine, crise du désir et de la durée, qui se situe normalement entre trente-cinq et quarante-cinq ans. Pour certains, le passage est graduel; pour d'autres, il est immédiat. En revanche, tous peuvent la vivre comme une croissance psychologique et spirituelle. Cet âge des grands bilans et des remises en question place chacun devant l’exigence de la connaissance de soi. L’inquiétude et l’insatisfaction exigent un retour sur soi qui transforme la personne de l’intérieur. Du point de vue de la foi, c’est Dieu lui-même qui est à l’œuvre et qui cherche à ébranler le cœur humain pour le délivrer de ses illusions et l’ouvrir à une nouvelle rencontre avec son mystère. La quarantaine devient alors un chemin de renaissance.

Au mitan de la vie, les certitudes s'effritent, les émotions s'entremêlent, les questions se multiplient. D’autant plus qu’il faut parfois se recycler, changer de métier, devenir plus compétitif. C’est le temps de recentrer sa vie en fonction du désir profond qui correspond à l'élan vital de l’être. Approfondir ce désir qui fait vivre, c'est aller au bout de soi-même dans l’humilité en se décentrant de soi pour se tourner vers l'autre à aimer. Le désir, contrairement au besoin qui est répétitif, relève de la relation, de l'amour, du spirituel en nous. Encore faut-il le nommer, l'ouvrir au désir de ce qu’il y a de plus profond en nous. La crise de la quarantaine en est l'occasion rêvée, car elle invite au changement et à l'intériorisation. On part à la conquête des aspects de sa personnalité que l’on a auparavant négligés. C’est comme la fin d’une seconde adolescence.

Le désir d’aimer

Chacun est invité à passer des besoins répétitifs du moi narcissique (avoir et pouvoir) au désir comblant du moi profond (être et amour). Les questions favorisent la découverte du désir profond, lieu de la soif et de la parole. Elles créent du sens, mettent en route, touchent le passé, le présent et l'avenir, notre place dans le monde : Où va ma vie ? Ai-je fait des erreurs dans mes choix ? Pourquoi est-ce que je me fatigue tant ? Qu'est-ce que je veux ? Qui suis-je vraiment ? Qu'ai-je accompli d'important ? Qu'est-ce qui m'intéresse le plus ? Qui est Dieu pour moi ? Que sera l'avenir ? Pourquoi mourir ? Qu'est-ce qui me fait vivre ?

Ces interrogations débordent les réalités physique et psychologique pour rejoindre la dimension spirituelle de notre être. Elles révèlent une crise existentielle qui pose la question du sens de la vie et de son devenir, de l’intégration des limites et de l’appel à vivre en accord avec son désir profond. Dans mon guide sur la quarantaine, je suggère dix attitudes pour trouver ce désir qui fait vivre et qui nous accompagnera jusqu’à la cinquantaine, la soixantaine, la fin de notre vie : reconnaître son insatisfaction, écouter ses questions, trouver un sens à sa vie, convertir le besoin en désir, passer de la surface à la profondeur, avouer ses peurs, prendre le risque d'aimer, écrire son énoncé de mission personnelle, intégrer le côté mal aimé de soi, accueillir le désir de Dieu.

Ce désir de Dieu pour certains équivaut au désir d’aimer. Nous sommes conduits au décentrement de soi, à l’humilité, à la reconnaissance de la gratuité de la miséricorde divine. Nous redécouvrons Jésus, « maître du désir », qui nous invite à nous mettre en tenue de service pour laver les pieds de ceux et celles qui nous sont proches, transformant ainsi le pouvoir en service. Servir et créer demeurent la meilleure façon de traverser la crise de la quarantaine. Nous faisons alors de notre vie une œuvre d’amour. Saint Jean de la Croix l’évoque magnifiquement dans l’un de ses poèmes :

Un cœur vraiment grand, généreux,
Ne se laisse point arrêter
S’il peut passer, quoi qu’il en coûte,
Si malaisée que soit la route ;
Jamais il ne dit : c’en est trop.
Sa foi monte, monte toujours,
C’est qu’il est un je ne sais quoi
Que son cœur brûle d’obtenir.

Pour aller plus loin, cliquez http://www.jacquesgauthier.com/livres/ages-de-la-vie/la-crise-de-la-quarantaine.html

Voir aussi des articles sur la quarantaine en cliquant http://www.jacquesgauthier.com/articles/215.html

Et pour revoir l'émission à tou.tv, de 29 minutes à 38 minutes, cliquez http://www.tou.tv/c-est-ca-la-vie/S2010E47