Pèlerinage à pied

Émission du 14 septembre 2010

Le pèlerinage à pied : des minis-compostelles

 

Au début, c’est un désir, un élan, un appel mystérieux à « faire » Compostelle, qui signifie « champ des étoiles ». Puis, ça devient un rêve assez puissant qui met tout l’être en route. Enfin, le rêve est vraiment en marche quand arrive le fameux premier pas sur l’un des chemins français, - Tours, Vézelay, Puy-en-Velay, Arles – ou sur le chemin espagnol, ces chemins menant tous à Santiago de Compostela.

Des dizaines de milliers de pèlerins empruntent chaque année le mythique Camino, ce chemin millénaire où le corps prend toute son importance, surtout les pieds. L’aspect physique côtoie le spirituel. C’est devenu très « tendance » de marcher sur ce chemin initiatique qui illustre bien que la vie est un pèlerinage et la mort un passage. La marche en signifie les différentes étapes de joie et de douleur, mais aussi de gloire pour le chrétien, puisque la mort a été vaincue par la résurrection de ce Christ qui se présente comme « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14, 6).

Pour les personnes d’ici qui désirent vivre le pèlerinage de Compostelle, il y a l’Association québécoise des pèlerins et amis du Chemin de Saint-Jacques. L’association est présente dans les grandes régions du Québec et elle organise des activités diverses comm des marches, des rencontres, des minis-pèlerinages. Leur site Web est : http://www.duquebecacompostelle.org/duquebec.shtml C’est très complet. On y écrit ceci : « Les Chemins de Saint-Jacques sont empruntés par des pèlerins depuis plus de 1000 ans. Les motifs incitant quelqu'un à entreprendre ce pèlerinage peuvent être humains, religieux ou spirituels. Du Québec à Compostelle n'est pas une association religieuse. Elle cherche à aider les pèlerins, quelles que soient leurs motivations, à mieux se préparer physiquement, mentalement et spirituellement à réussir leur entreprise ».

Des minis-compostelles

Tous n’ont pas l’occasion ou le temps de fouler les chemins de Saint-Jacques de Compostelle. D’ailleurs, la moyenne d’âge des pèlerins est surtout entre 50 et 70 ans, donc plusieurs sont à la retraite. Il y a au Canada des minis-compostelles, comme celui du Sanctuaire des Martyrs Canadiens à Midland en Ontario. Celui de la Gaspésie, du Saguenay. On part toujours à pied pour se rendre vers un lieu sacré, une église, un sanctuaire. Il y a surtout au Québec le Chemin des Sanctuaires, d'une longueur de plus de 820 km. http://lamec.info/sanctuaires/Web/nouveau/index2.html Il relie entre eux plusieurs grands sanctuaires comme l’Oratoire Saint-Joseph, Notre-Dame du Cap-de-la-Madeleine et Sainte-Anne-de-Beaupré. Il y a des chemins pour différentes régions, dont le Chemin des Outaouais.

Ce fut le sujet d’un reportage à l’été 2010 lors d’une émission du Jour du Seigneur à Radio Canada. Nous avons suivi quelques pèlerins qui sont partis de la cathédrale d’Ottawa pour se rendre à l’Oratoire Saint-Joseph, en passant par Rigaud. C'est le "Chemin des Outaouais". Leur site est très bien fait: http://www.chemindesoutaouais.ca/fr/index.php Tout commence par les pieds, puis progressivement on passe de la tête au cœur. Sac à dos et chassure de marche, chacun est appelé à vivre le moment présent dans un grand dépouillement. Comme disait Jésus : « Chaque jour suffit sa peine ». Voici quelques commentaires des pèlerins :

« On part en groupe, mais on marche seul. On se retrouve soi-même. On vit un jour à la fois ». « Au début, je marchais assez vite, puis j’ai pris mon temps ». « Mentalement, il faut ralentir, regarder la nature ». « C’est un défi pour aller au bout de soi ». « La vie est belle ». « On est accueilli par des gens chaleureux ». « La région est tellement belle, c’est dans ma cour et je ne la connais pas ». « J’ai trouvé la paix ».

Partir pour mieux vivre

Les raisons pour vivre un pèlerinage à pied varient selon les gens. C’est un dépassement, un défi, une rupture avec le quotidien. Plusieurs affirment qu’ils ne sont plus les mêmes après ce voyage qui est surtout intérieur. La route a fait son chemin en eux et leur a donné une direction. D’ailleurs, elle laisse des traces, si ce n’est par les nombreux écrits de ces pèlerins qui ont troqué le bâton pour la plume.

Un de ces carnets de route a attiré mon attention par son authenticité et son humour, sa simplicité et sa profondeur. Il s’agit de Compostelle (Presses de la Renaissance, 2010) du journaliste Luc Adrian, qui avait déjà écrit un récit plein de verve sur son parcours de Sainte-Anne-d’Auray à Lourdes : Foi dite en passant.

Ici, un compagnon inattendu prend la plume pour guider le pèlerin sur le sentier de l’humilité : Rikiki Gnomon, le petit orteil de Luc Adrian. Rikiki lui enseigne que l’amour est le seul bagage qui vaille, que le vrai sanctuaire est le cœur et que la route sacrée qui mène à Dieu est l’être humain. Pas besoin de partir en pèlerinage pour vivre cela, le réel quotidien s’en occupe. Partir peut être ainsi une fuite du « vrai de la vie », comme disait Thérèse de Lisieux.

Bref, on ne fait pas le chemin, c’est le chemin qui nous fait. En marchant, le corps se pacifie, l’esprit se vide, le cœur se dépouille, le visage se défait de ses masques. On accueille et on se laisse accueillir, on se recueille et l’Autre nous recueille. Il suffit d’être.

Vous pouvez voir l'émission sur le site de C'est ça la vie, sur tou.tv ou en cliquant ici 

Jacques Gauthier