Défis de la soixantaine

Émission du 23 novembre

La soixantaine et la voie de l’intériorité

 

Après la crise de la quarantaine et le second souffle qu’apporte la cinquantaine, j’ai montré dans mon livre Les défis de la soixantaine (Presses de la Renaissance) que le grand défi à cette étape de la vie, qui s’échelonne de cinquante-cinq à soixante-cinq ans, est surtout de suivre la voie de l’intériorité afin de détecter les attentes et les besoins des autres pour mieux y répondre.

Tous ne vivent pas cette période de la même façon, mais on peut la vivre comme une croissance psychologique et spirituelle. Pour y arriver, nous avons à développer ces attitudes : assumer son passé, écouter sa blessure, reconnaître sa faiblesse, accueillir sa fragilité, s’émerveiller, désirer aimer, s’abandonner au désir de Dieu, si on est croyant.

Un nouvel élan

Cette période de la soixantaine arrive souvent après l’andropause et la ménopause. C’est normalement l’étape de la retraite et celle de devenir grands-parents, le début des signes du vieillissement, le temps de l’accueil des limites et de l’acceptation de la mort. Mais c’est surtout l’occasion d’une plus grande liberté intérieure. Cet âge invite au désencombrement, à l’intériorité, à l’unité. Le désir d’aimer devient le seul qui importe vraiment. Ses fruits sont l’accueil de soi et de l’autre, l’amitié et la tendresse, la sagesse et la sérénité.

Chaque individu vit ce stade différemment, bien sûr, selon le bilan qu’il fait de son passé et l’orientation qu’il veut donner à son avenir. Tout dépend de sa santé physique et financière, de son évolution psychologique et de son cheminement spirituel. Cette étape peut être d’un ennui mortel, si l’on reste inactif et amer, ou épanouissante, si l’on a des projets et que l’on devient vraiment les acteurs de sa vie. La vie prend alors un nouvel élan.

La croissance de la personne

Normalement, ce ne sont pas les normes qui intéressent l’adulte autour de la soixantaine, mais la croissance de la personne. S’il aide les autres, il le fait en fonction du respect de l’autonomie de chacun, sans rien attendre en retour et sans vouloir dominer. C’est le pouvoir de l’amour qui l’intéresse, non l’amour du pouvoir. Il a moins le goût de contrôler les autres, car il s’aime plus lui-même et il reconnaît qu’il n’est pas parfait. Il désire être aimé pour ce qu’il est.

Si le travail devient contraignant, il assouplit les règles pour l’ajuster à ses objectifs. Comme il n’a plus la même résistance physique, il envisage ce que l’on appelle la « retraite ». Il se donne des cadres pour s’organiser lui-même et il trouve du plaisir à explorer de nouvelles possibilités. Il se retire d’une fonction, non d’une contribution personnelle à la société. Il laisse aux générations suivantes de continuer le travail alors qu’il peut relever de nouveaux défis en conformité avec ses priorités.

Le sexagénaire va vers ce qui lui semble prioritaire : accueil de ses enfants et petits-enfants, contact avec différents individus, interventions auprès des démunis, engagements divers selon son talent, se garder en bonne santé, faire de l’exercice, s’émerveiller du moment présent, contempler. C’est l’idéal, bien sûr, mais il me semble qu’à cet âge la personne cherche à faire exister l’amour qui le dépasse, non à délivrer un message ou exercer un pouvoir. C’est un amour gratuit qui est sans masque et sans carapace, parce qu’humble et vulnérable.

La voie de l’intériorité

L’adulte qui avance en âge accorde une plus grande attention à sa vie conjugale et familiale. Les conjoints qui vivent ensemble depuis tant d’années ont appris à se connaître de l’intérieur, à s’accepter et à se respecter. Le désir d’harmonie et de tendresse grandit avec leur amour. Cela se manifeste auprès de leurs enfants et petits-enfants. Ils exercent leurs rôles de parents et grands-parents non comme une fonction, mais comme un accompagnement. Ils n’entretiennent plus tout à fait le même type de relation avec leurs enfants devenus plus autonomes, mais ils restent disponibles s’ils ont besoin d’eux. Leurs petits-enfants leur procurent une grande joie, d’autant plus qu’ils n’ont pas les mêmes obligations qu’envers leurs propres enfants.

Le sexagénaire fait de sa foi une montée qui l’aide à descendre dans son cœur. Il emprunte un chemin d'introspection qui le conduit à une intériorité toujours plus grande, s’il ne se laisse pas trop distraire par une société de consommation axée sur le paraître, l’efficacité, la performance. Le Dieu qu’il prie n'est pas extérieur à ce qu'il vit, mais fait partie intégrante de sa vie. La foi qu'il désire jaillit de l'intérieur de lui-même ; elle est une option personnelle. Plus il atteint la profondeur de son cœur, plus il s’approche de Dieu. C’est dans sa vie concrète de tous les jours que Dieu le prend pour le transformer en lui.

L'adhésion de cette foi en soi à la foi en Dieu se vit en cohérence avec la perception de sa carence d’être, indépendamment de son passé et de son avenir. L'intériorité se confond avec l'engagement, au-delà de tout activisme. Sa propre existence devient le lieu de la quête spirituelle et de la maturation de la foi. S’il s’abandonne à Dieu en toute confiance, c’est parce que Dieu lui-même se donne à lui à chaque instant dans la nudité de son être. S’il le cherche, c’est parce qu’il est d’abord cherché et trouvé par lui. L’objet de sa quête le possède déjà pour qu’il le cherche encore plus. Saint Augustin résume cette quête par une prière de désir : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur n’est en paix que lorsqu’il repose en Toi ».

Pour aller plus loin, cliquez http://www.jacquesgauthier.com/livres/ages-de-la-vie/les-defis-de-la-soixantaine.html

Voir des articles sur la soixantaine, cliquez  http://www.jacquesgauthier.com/articles/215.html

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