Les reliques des saints

Émission du 19 octobre 2011

 

Les reliques des saints et les images

 

Le 17 octobre 2010, le frère André était canonisé à Rome. Son reliquaire fut présenté à la foule durant une messe au Stade olympique de Montréal. Les 48 000 personnes se sont levées spontanément et ont applaudi. Depuis ce temps le reliquaire de saint frère André se promène dans plusieurs diocèses au pays. Vous vous rappellez aussi peut-être de la venue du reliquaire de sainte Thérèse de Lisieux au Canada en 2001 qui a attiré près de 2 millions de personnes et qui connaît toujours un succès à travers le monde. Comment se fait-il que les reliques de ces personnages du passé attirent encore des foules aujourd’hui ? (Reliques, du latin relictum, signifie les restes, ossements ou cendres, de personnes saintes, ainsi que des objets qui leur ont appartenu). On aurait pu penser que dans notre milieu « postmoderne » et fortement sécularisé, ce culte des reliques était dépassé.

Des modèles près de nous

Du plus loin que l’on remonte dans l’humanité, on remarque que les hommes préhistoriques ont enterré leurs morts avec respect. Encore aujourd’hui nous allons parfois au cimetière pour prier sur la tombe de nos proches. On conserve une image d’un parent, un portrait d’un ami, gardant ainsi vivant le souvenir. C’est une manière d’exprimer notre amour envers des êtres qui nous sont chers. Ce peut être aussi des stars. Par exemple, des « fans » se rassemblent aux tombes de vedettes rock comme Elvis Presley, Jim Morrison, John Lennon, comme si dans nos sociétés sécularisées, il y avait un transfert des saints au stars. Et pourtant, il y a toute une différence: la star brille, le saint éclaire.

Nous avons un corps et la foi chrétienne, par exemple, n’est pas désincarnée. Elle se situe dans une histoire et a besoin de médiations, de signes concrets et de modèles qui parlent aux fidèles. Ils ont besoin de voir, de toucher, de se recueillir, d’exprimer leur amour pour tel témoin qu’ils sentent proche de leurs préoccupations. Vénérer des reliques, c’est se rapprocher du saint qui intercède pour nous, lui avouer notre amour, louer l’action de Dieu en lui. Ce témoin est présent d’une façon unique par l’ADN des restes de son corps qui a aimé, chanté, cherché, désiré, écrit, pleuré, prié, travaillé, souffert par amour.

La vénération des reliques

Dans l’Église catholique, la vénération des reliques des saints remonte à la coutume d’enterrer les corps des martyrs qui ont imité le sacrifice du Christ et de prier sur leurs tombes. Les tombes des saints ont de tout temps fait l’objet de vénération, suscitant même la construction de basiliques, d’oratoires, de centres de pèlerinage. Le culte des saints fait partie de la foi catholique, on le retrouve aussi différemment dans d’autres religions qui vénèrent leurs gourous, sages, prophètes.

Les reliques ne sont pas seulement les ossements d’un saint, mais aussi ses vêtements et les objets lui ayant appartenu. Au Ve siècle, les autorités de l’Église mirent en garde contre certains abus. Il fallait s’assurer de l’authenticité des reliques et ne pas en faire le commerce. Mais au-delà des dérives possibles, comme la superstition ou la magie, l’Église a toujours considéré comme légitime la vénération des reliques qui connut un regain d’intérêt au Moyen Âge. C’est là que nous trouvons de magnifiques reliquaires fabriqués avec des matérieux précieux et qui contiennent les restes des saints et saintes pour être exposés à la vénération des fidèles. Dans son document sur la liturgie, le concile Vatican II rappelle que, « selon la Tradition, les saints sont l’objet d’un culte dans l’Église, et l’on y vénère leurs reliques authentiques et leurs images » (no 11). Et dans le Catéchisme de l’Église catholique pour les jeunes, on reconnaît que « vénérer des reliques relève d’un besoin que les hommes ont naturellement de témoigner respect et dévotion à certains saints. On vénère convenablement les reliques des saints, si, dans le don de leur vie à Dieu, on loue l’action de Dieu lui-même » (Youcat, no 275).

La victoire du Christ ressuscité

L’Église catholique a pris l’habitude de déposer des reliques de saints, même non martyrs, sous l’autel d’une église ou dans la pierre d’autel. Elle montre ainsi que le culte des reliques doit être étroitement lié au mystère de la résurrection du Christ, centre de la foi des chrétiens. Aujourd’hui, les reliques autorisées à la vénération sont celles qui ont été authentifiées avec grand soin, comme les reliques de Thérèse de Lisieux, Frère André, Jean-Paul II.

Le philosophe et savant Blaise Pascal écrivait en septembre 1656 : « C’est une vérité que le Saint-Esprit repose invisiblement dans les reliques de ceux qui sont morts dans la grâce de Dieu, jusqu’à ce qu’il y paraisse visiblement en la résurrection, et c’est ce qui rend les reliques des saints si dignes de vénération. Car Dieu n’abandonne jamais les siens et non pas même dans le sépulcre où leurs corps, quoique morts aux yeux des hommes, sont plus vivants devant Dieu ».

Pour l’Église, ceux qui sont morts dans le Christ sont plus vivants que jamais. Ils rayonnent de la gloire divine dont ils sont revêtus dans le Christ ressuscité. C’est lui que nous rencontrons à travers ses témoins. En vénérant les restes du corps d’un saint ou d’une sainte, c’est la victoire du Ressuscité qu’on acclame. Les reliques conservent la trace du témoin invisible et permettent aux fidèles d’en recueillir le souvenir visible.

Le reliquaire d’un saint offre aux fidèles l’occasion d’exprimer leur foi et leur amour avec tout leur corps, dans un climat de liberté et de fête : marcher en procession, prier seul ou avec d’autres, chanter, allumer un lampion, méditer en silence, écrire des intentions de prières, offrir des fleurs, repartir avec une pensée biblique ou du saint, s’il a laissé des écrits. Ce n’est pas de l’adoration, mais de la vénération.

Les reliques de Thérèse de Lisieux

J’ai accompagné le reliquaire de Thérèse de l’Enfant-Jésus pendant un mois au Québec à l’automne 2001. Je fus souvent ému de voir les gens de tous les âges et de toutes les conditions recueillis devant les restes de son corps. C’est comme si la petite Thérèse redonnait l’Église aux gens ordinaires. Les célébrations liturgiques étaient plus vivantes, moins froides. Les fidèles pouvaient y participer activement avec tous leurs sens, prier avec tout leur corps : voir et toucher le reliquaire, sentir l’encens et les fleurs, entendre la Parole de Dieu, manger le Pain de vie, chanter, marcher, goûter le silence, prier à genoux, debout ou assis. C’était pour eux une sorte de pèlerinage où ils priaient près d’un témoin qui les conduisait à Dieu.

J'ai relaté cette expérience des reliques de Thérèse au Canada dans mes livres Fioretti de Sainte Thérèse (Novalis) et Thérèse de l'Enfant-Jésus au milieu des hommes (Parole et Silence). http://www.jacquesgauthier.com/livres/therese-de-lisieux.html

Une expérience populaire de la foi

Nous n’avons pas à mépriser la piété populaire. La voque actuelle pour les pèlerinages à pied, le culte des saints et les grands rassemblements de foi peut être considérée comme un retour du corps dans la prière, une façon de vivre le christianisme qui est la religion du corps, de l’Incarnation, puisque le Verbe s’est fait chair. D’ailleurs, les reliques les plus insignes se rapportent au Christ lui-même, comme celles de la vraie Croix ou du suaire de Turin.

Il n’y a pas deux sortes de foi chrétienne : une foi populaire pour les gens ordinaires et une foi savante pour les intellectuels. La foi et la liturgie demeurent, mais les expressions varient et les images restent. La vénération des reliques n’est pas d’abord une expression de la foi populaire, elle est surtout une expression populaire de la foi.

Le culte des images

Cette même piété populaire se manifeste aussi par le culte des images, icônes, peintures, mosaïques, statues, médailles, qui représentent un saint ou une sainte, et que l’on retrouve aussi dans d’autres religions. Je pense ici aux statues du Bouddha (par exemple, les Bouddhas de Banyan, victimes de l’iconoclasme des Talibans), ou aux différentes représentations de certaines divinités hindoues. Je pense aussi aux chapelets de différentes religions. Par contre, on ne retrouve pas ce culte des images dans le judaïsme, l’islam, le calvinisme et certaines communautés évangéliques, car il est interdit pour eux de se représenter le Dieu transcendant et ses prophètes, même s’il est dit au début de la Bible : « Faisons l’homme à notre image et notre ressemblance » (Gn 1, 26). Ce qui justifie surtout les images dans le christianisme est cette parole de Jésus : « Qui me voit, voit le Père » (Jn 14, 9).

Les fidèles catholiques ou orthodoxes demandent souvent au saint telle faveur, en sachant bien que ce n’est pas la statue ou la médaille qui guérit, mais Dieu qui écoute la prière du croyant. Ce n'est pas de la magie et il n'y a pas d'énergie particulière dans la médaille, la statue, l'huile, ou autre élément qui sert de signe de foi. On veut recevoir la protection du saint ou s’assurer de son intercession tout en s’en remettant sans cesse à Dieu qui sait ce qui est bon pour le croyant. Lui seul guérit. C’est une question de foi, de confiance et d’amour. Le témoin, comme Thérèse ou frère André, peut nous rapprocher de Dieu, raffermir notre foi, nous aider à nous abandonner à l’amour et à la confiance. Nous leur confions des intentions de prière comme on parle à des amis, mais c’est finalement l’action de Dieu que nous reconnaissons en eux.

Pour aller plus loin, lire mon Guide pratique de la prière chrétienne, surtout les pages 233-235. http://www.jacquesgauthier.com/livres/priere/guide-pratique-de-la-priere-chretienne.html

Vous pouvez revoir la chronique de l'émission sur le site de C'est ça la vie en cliquant ici

Ou aller sur tou.tv C'est ça la vie saison 2011, épisode 32 http://www.tou.tv/c-est-ca-la-vie/S2011E32