Dina Bélanger et la Vierge Marie

Née à Québec le 30 avril 1897, Dina s’éprend de Jésus dès le début de sa vie. « Jésus m’a mise sur la terre pour ne m’occuper que de lui », écrit-elle dans son Autobiographie. À quatorze ans, elle se consacre à Dieu en faisant une promesse privée de virginité. Douée pour la musique, elle devient, à vingt-quatre ans, une élégante pianiste de concert. Elle entre au couvent Jésus-Marie de Sillery et y fait profession, en 1923, sous le nom de Marie Sainte-Cécile de Rome. Celle que Jésus appelait « ma petite Moi-même » meurt le 4 septembre 1929 à l’âge de trente-deux ans. Elle avait dit à ses sœurs : « Au ciel, je donnerai de la joie ».

Une enfant de Marie

Dina a toujours eu un amour de prédilection pour la Sainte Vierge. Elle s'était consacrée privément à elle le jour de sa première communion, mais lorsqu'elle entre chez les Enfants de Marie à treize ans, elle renouvelle le don d'elle selon l’esprit de Louis-Marie Grignon de Montfort. Elle écrit: (Les textes de Dina sont tirés de son Autobiographie. 5e édition revue, corrigée et augmentée,1995)

Le 1er mai suivant, j'avais 13 ans, j'étais admise dans la Société des Enfants de Marie du couvent. Je goûtai une joie pure en renouvelant, d'une manière solennelle, la consécration que j'avais faite à ma Mère le jour de ma première communion. Peu de jours après, je choisissais pour devise : Plutôt la mort que la souillure. Cette devise, je la gardai jusqu'à l'aurore de ma vie religieuse.
Vers ce temps-là, je me livrai entièrement à la Sainte Vierge par la pratique de la dévotion parfaite, dite Secret de Marie, selon l'esprit du bienheureux Louis-Marie Grignion de Montfort. Cet abandon total de moi-même et de mes biens à la Reine du ciel me donna beaucoup de consolations. C'est maintenant que je comprends un peu combien ma bonne Mère m'a dédommagée au centuple de cette offrande sans réserve. C'est au ciel que je saurai combien il m'a été avantageux de m'abandonner à sa conduite si sage. Je voudrais lui consacrer toutes les âmes, car c'est elle qui nous conduit à Jésus ; c'est elle qu'il faut laisser vivre en nous pour que le Christ se substitue à notre néant ; c'est elle qui est le chemin le plus sûr, le plus court, le plus parfait pour nous élever jusqu'à l'Infini, nous unir à l'Amour incréé jusqu'à nous perdre en lui, nous abîmer dans la Source du bonheur éternel.« Ô douce Vierge, Mère de l'humanité, livrez aux âmes, sans en excepter une seule, votre sublime secret ; donnez-leur la lumière pour le comprendre et la générosité pour l'embrasser. Au nom de toutes, je vous renouvelle ma donation parfaite et je vous remercie. » (p. 65-66)

Dina nous livre ici un bon résumé de la doctrine mariale de Grignion de Montfort, dont le secret est d’être tout à Jésus par Marie. Comment? Par le Saint Esclavage, répond Louis-Marie, c’est-à-dire en se consacrant tout entier à Marie, en faisant toute chose avec Marie, en Marie, par Marie et pour Marie. Dina s'abandonne à Marie pour mieux aller à Jésus. Elle laisse vivre Marie en elle pour que Jésus se substitue à son néant. Elle écrit: "Jésus me donna pour guide et pour lumière : l'Hostie et l'Étoile. L'Hostie, c'était lui-même ; l'Étoile, c'était sa sainte Mère." (p. 104)

L'échange des coeurs 

Dina décrit l'échange symbolique du coeur de Jésus avec le sien. D'autres mystique ont vécu ce mystérieux échange comme sainte Marie-Madeleine de Pazzi et sainte Marguerite-Marie Alacoque. Une particularité dans son cas : Jésus prend son cœur et met à la place non seulement le sien, mais aussi celui de sa mère. Ces deux cœurs ne font qu’un, disait saint Jean Eudes. Quelle grâce pour une jeune religieuse de Jésus-Marie ! 

C'était le dernier soir de la retraite. Pendant le temps libre qui précédait la préparation à la méditation du lendemain, je me rendis à la chapelle. L'ombre était descendue, le silence régnait. Jésus me fit entendre sa voix mystérieuse et douce ; je me sentais enivrée de pures délices, c'était la paix, l'amour. Puis, le bon Maître prit mon pauvre cœur, s'en empara, à la façon dont on enlève un objet de quelque endroit, et mit à la place – ô don de l'infinie tendresse ! – son Cœur sacré et le Cœur immaculé de Marie ! Cela était encore un tableau ; mais il se passa certainement en moi une opération divine que la plume ne peut décrire. J'étais abîmée dans des sentiments de reconnaissance et d'humilité. Je n'avais plus à chercher au-dehors l'Hostie et l'Étoile : Jésus et Marie, je les possédais dans mon intérieur. Depuis ce moment, j'ai agi, aimé avec le Cœur de Notre Seigneur et celui de ma sainte Mère. (p. 123)

Dina religieuse

Aimer et laisser faire Jésus et Marie

Fin décembre 1923, Dina Bélanger trouve enfin la devise qui comblera les désirs de son coeur de vivre totalement dans la divine volonté : 

« Je trouvai la devise que je cherchais depuis si longtemps, celle qui répondait à mes aspirations et qui résumait mes sentiments : Aimer et laisser faire Jésus et Marie! Voilà l’expression qui me satisfait. Aimer, cela veut dire l’amour jusqu’à la folie, jusqu’au martyre… Laisser faire Jésus, c’est-à-dire laisser agir librement le Dieu d’amour; laisser faire Marie : lui confier aveuglément le soin de réaliser son Jésus enveloppé dans le manteau de mon être extérieur. » (p. 185)

Pour Dina, présence trinitaire en l’âme et présence eucharistique vont de pair. Comme le Fils est uni au Père par l’amour, comme le cœur de Marie est aussi uni au cœur du Jésus, le Christ est uni à chacun de nous dans l’eucharistie, où il nous offre avec lui au Père. Cette lumière lui est donnée le 6 février 1925 pendant la bénédiction du Saint Sacrement.

Le voile du mystère est déchiré. Il est là, mon Dieu, l'Unité infinie, la Trinité adorable, sous l'apparence d'un petit morceau de pain. Il est là, Jésus, avec son Humanité sainte, son Cœur, son Sang précieux, son Âme, avec sa Divinité éternelle ; il est là, tout entier, en chaque Hostie consacrée de l'univers et en chaque parcelle d'Hostie consacrée [...]
7 février. J'éprouve une souffrance intime très grande. Tout à l'heure, en commençant à réciter mon chapelet, près de la Vierge de l'Assomption, je me sentais comme broyée par le poids de la vie sur la terre. Mes yeux se sont fixés avec angoisse et confiance sur ma Mère d'amour. Et j'ai entendu la voix de Jésus, pour la première fois depuis si longtemps ! Tu ne me posséderas pas plus au ciel, me dit-il, car je t'ai absorbée en entier (p. 213-214)

Tout à Jésus par Marie

Dina veut l’infini en tout. Pour y arriver, elle passe par ce chemin si sûr et direct que Jésus nous a montré sur la croix en nous donnant sa mère. 

Par la Sainte Vierge, je puise grâces et lumières dans le Cœur de mon Jésus. L'Infini est inépuisable. Mais, pour exprimer l'ardeur de mes désirs, je n'ai que cette expression : Je voudrais épuiser, pour chaque âme, le Cœur de Jésus infini. (p. 264) 
Je sais que Marie, ma bonne Mère, offre constamment Jésus à ma place afin de louer, de remercier le bon Dieu, de rassasier ses attributs infinis et d'obtenir miséricorde pour les âmes. (p. 297)

Dina craint parfois d’être dans l’illusion, de se méprendre sur la voix de Jésus qu'elle entend en elle, d'être prise dans un piège du démon. Pour la première fois, c’est Marie qui répond elle-même en l’appelant affectueusement « ma fille ».

« Ma bonne Mère, je vous en supplie, gardez-moi de l'illusion et ne permettez pas que je mette le moindre obstacle à l'action de mon Jésus. » Ô bonheur ! Jésus voulut que sa très sainte Mère, elle-même, me répondit :
Ma fille, me dit la Sainte Vierge, tant que tu resteras intimement unie à moi, ne crains pas l'illusion ; je t'en garderai toujours. Tant que tu t'appliqueras à ne chercher que Dieu seul avec une grande droiture et une grande pureté d'intention, ne crains pas les contradictions ; mon divin Fils saura les faire contribuer à la gloire de son Père et au règne de son amour.
Je ne sais pas traduire la douceur des paroles de ma céleste Mère. Le silence est toujours le plus fidèle écho de ces intimités du ciel. (p. 381)

Pour aller au coeur eucharistique de Jésus, Dina passe par le coeur immaculé de Marie. Jésus est venu par Marie, nous pouvons aller à lui en passant par sa mère. 

Il n'y a pas d'invocation qui réponde mieux à l'immense désir de mon Cœur Eucharistique de régner dans les âmes que : Cœur Eucharistique de Jésus, que votre règne arrive, par le Cœur immaculé de Marie ; et à mon désir non moins infini de donner mes grâces aux âmes que : Cœur Eucharistique de Jésus, brûlant d'amour pour nous, embrasez nos cœurs d'amour pour vous. Quand vous dites nos cœurs, ayez en vue toutes les âmes du présent et de l'avenir. (390)

Dina a constamment dit son « oui » avec Marie pour que Jésus aime et s’offre en elle au Père. Elle a connu la maladie très jeune, de grandes épreuves intérieures et de grandes joies aussi, elle offrait tout, demandant à Marie de faire pour elle cette offrande afin de vivre encore plus intimement au coeur de la Trinité. Sa mission dans l’éternité est de faire rayonner, par Marie, le cœur de Jésus sur toutes les âmes, comme elle l’avait écrit le 4 août 1925 : « Au ciel, je serai une petite mendiante d'amour : la voilà, ma mission ! et je la commence immédiatement ». (238)

Dina a expérimenté l’union mystique avec la Trinité par le cœur eucharistique de Jésus et le coeur immaculé de Marie. Béatifiée par Jean-Paul II en 1993, elle laisse à l’Église et au monde un héritage spirituel d’une richesse exceptionnelle qui rappelle celui de Thérèse de l’Enfant-Jésus, qu’elle avait prise pour sainte patronne aux côtés de sainte Cécile.

Pour aller plus loin, mon livre: Je donnerai de la joie. Entretiens avec Dina Bélanger (Novalis / Emmanuel).

Lire aussi les autres articles du blogue sur Dina en cliquant ici.

Voir la septième vidéo de la neuvaine à Marie dans ma chaîne YouTube, donnée au Sanctuaire Marie-Reine-des-Coeurs à Chertsey du 14 au 22 août 2021. Je parle dans cette conférence de la relation profonde entre Dina et Marie.

 

Marie dans la vie de Georgette Faniel
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