École de prière (6) Bien commencer

Plus j’avance sur les chemins de la prière, plus celle-ci se simplifie. Je suis là, Dieu est là ; il m’aime, je l’aime. C’est tout. Je demeure en lui, il demeure en moi : « Demeurez en moi, comme moi en vous » (Jean 15, 4). La prière chrétienne est une réponse à l’appel de Jésus : « Demeurez dans mon amour » (Jean 15, 9).

Les premiers moments de la prière sont essentiels, car ils donnent le ton à ce qu'on va vivre. Tu peux allumer une bougie, faire une génuflexion lente et un signe de croix, chanter une hymne. Tu peux commencer par un Notre Père, une invocation à l’Esprit Saint, un verset d’un psaume. Tu entres en relation profonde avec le Christ présent en toi; c’est par lui que le Père se révèle à toi dans son Esprit. Tu laisses tes soucis en les offrant au Seigneur.

Dans l’oraison, il suffit d’être et d’aimer, non d’avoir ou de faire. Nous avons beau avoir une intention ferme, nous décider à « faire » oraison chaque jour et à heure fixe, régler le pilote automatique de notre « je veux ce que tu veux », être là pour Dieu quoiqu’il arrive, il est primordial de bien commencer sans tourner en rond pendant des minutes, alors que notre pensée tourne à la rêverie. Par exemple, Il est bon de commencer l’oraison en invoquant l’Esprit Saint. Le père Caffarel y va de conseils concrets pour bien débuter l’oraison et prendre conscience du Dieu présent en nous, « le Grand Vivant ». 

Je vous engage donc vivement à veiller aux gestes et attitudes du début de l’oraison. Une génuflexion bien faite, acte de l’âme autant que du corps; une attitude physique nette et forte d’homme éveillé, présent à soi-même et à Dieu; un signe de la croix, lent, chargé de sens. Lenteur et calme sont d’une grande importance pour rompre le rythme précipité et tendu d’une vie aussi affairée que la vôtre. Quelques instants de silence: comme un coup de frein, ils contribueront à vous introduire au rythme de l’oraison et à opérer la rupture nécessaire avec les activités précédentes. Il peut être bon aussi de réciter une prière vocale, très lentement, à mi-voix. Prenez conscience alors, je ne dis pas de la présence de Dieu, mais du Dieu présent : un vivant, le Grand Vivant, qui est là, vous attend, vous regarde, vous aime. Il a son idée sur cette oraison qui commence et vous demande d’adhérer pleinement à ce qu’il en veut. (Cité dans mon livre Henri Caffrel, maître d'oraison, Cerf).

Mon petit rituel

Je vous partage mon petit rituel avant d'entrer en prière. Dans mon bureau, où j'ai aménagé spécialement un petit coin, j'allume une bougie. Je me tourne vers les deux célèbres icônes de Roublev représentant le Christ Pantocrator et la Trinité. Je commence par chanter une hymne du temps liturgique. Je m'assois bien droit sur un petit banc de prière, j'entre dans l'oraison silencieuse, en fermant les yeux. Le plus souvent, le nom de Jésus me vient spontanément, ou cette formule : « Viens, Seigneur Jésus ». Je peux aussi dire : « Jésus, je t'aime ». J’accueille ce qui monte. Mon attention au Christ est amoureuse, mais c'est l'intention du coeur qui importe. Quand les distractions m'envahissent, je les accepte comme telles et je les offre à Dieu. Parfois, je les note sur un papier. Et je reviens doucement à mon recueillement, sachant que l’important n’est pas de faire le vide mais de communier au Christ dans un cœur à cœur. Je relance parfois ma prière par un Notre Père, un acte de foi à l’Esprit Saint, un regard vers l’icône du Christ.

Après ce temps de silence d’une vingtaine de minutes, je lis les textes de la messe du jour, surtout l'Evangile, attentif à discerner ce que Dieu veut me dire à travers sa Parole. Parfois les textes me parlent, d'autres fois moins : c'est ainsi et je l'accepte. Je m’unis à des chrétiens qui célèbrent l’eucharistie quelque part dans le monde. Je termine par une prière de consécration à Marie. Un dernier geste : éteindre la bougie.

Méditer la Parole

Toi aussi, après quelques minutes de silence, tu peux prendre un passage de la Parole de Dieu, le méditer dans ton cœur pour qu’il devienne prière. Tu parles à Dieu simplement de ce que tu vis, tu l’écoutes, dans un échange cœur à cœur : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 Samuel 3, 9). Tu peux répéter intérieurement un mot qui t’aide à te recueillir : Jésus, Abba, Amour, Paix… Il suffit d’être et d’aimer, non d’avoir ou de faire. Ton corps reste immobile et ton esprit bien éveillé à l’amour de Dieu. Tu reviens à Dieu autant de fois que tu as des distractions. Tu termines ce temps d’être par une prière que tu connais, un signe de la croix par exemple.

Il ne s’agit pas tant de faire le vide que de communier au Christ qui prie en toi par son Esprit dans l’instant qui passe. Tu es présent à Dieu dans sa paix, tu le laisses faire sans t’inquiéter de ce qu’il fait. Tu entres dans un autre temps, celui de l’aujourd’hui de Dieu. Ta liberté s’aimante à celle de Dieu qui te conduit à sa manière et te donne la prière dont tu as besoin. Tu ne désires que lui, parce que c’est Dieu.

La prière est une rencontre où se croisent deux regards et deux désirs. C’est l’échange de deux soifs, celle que le Christ a pour moi et celle que j’ai pour lui. Certes, les périodes de sécheresse alternent avec les moments de joie. Mais dans l'oraison, appelée aussi prière contemplative, on est là pour Dieu, parce qu’il est Dieu, et si on ne le sent pas nécessairement, on le sait présent, d'une conviction toute intime. Ce temps gratuit pour Dieu est d’une grande fécondité ; il nous aide à demeurer dans l’amour du Christ, rien que pour aujourd’hui. Toute prière risque de rester extérieur à soi si nous ne la vivons pas de l’intérieur, en silence, à un moment précis de la journée. Comme l'écrivait si bien l'abbé Henri Caffarel: "Pourquoi vous fatiguer à poursuivre Dieu comme s’il était extérieur à vous? Il est en vous, au cœur de votre être. Présent, vivant, aimant, actif. Là il vous appelle. Là il vous attend pour vous unir à lui. (L’Oraison. Jalons sur la route, Parole et Silence, 2006, p. 8.)

Pour aller plus loin, je vous suggère: Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Henri Caffarel, maître d'oraison (Cerf, 160 pages) Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

Vidéo de 10 min., dans ma chaîne YouTube, mise en ligne le 24 avril 2020.

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