(École de prière 72) Méditation de pleine conscience et oraison

On peut se demander pourquoi il y a une si grande attirance de nos contemporains pour la méditation de type orientale, comme la méditation de pleine conscience, et une telle méconnaissance de l’oraison chrétienne, appelée aussi prière contemplative. Contrairement à certaines techniques orientales et psychologiques de méditation, il ne s’agit pas de se dissoudre dans un tout impersonnel, mais de chercher la rencontre du Dieu vivant dans une relation interpersonnelle d’amour qui nous ramène vers les autres.

Un état d’éveil

À l’heure des réseaux sociaux et des chaînes d’information continue, des portables et des tablettes, la méditation de pleine conscience, mindfulnessen anglais, est très populaire. Elle désigne un état d’éveil où la personne est attentive à son expérience sensorielle, cognitive, émotionnelle, ainsi qu’à tout ce qui l’entoure. Inspirée du bouddhisme, cette pratique se vit dans l’attention au moment présent et demande un arrêt pour mieux voir, une paix pour mieux accueillir, un lâcher-prise pour mieux s’abandonner. 

La pratique de pleine conscience, popularisée par le professeur Jon Kabat-Zinn, se veut dépourvue de toute référence religieuse et peut s’intégrer à une thérapie de réduction du stress. Certains préfèrent l’expression plus neutre de « présence attentive ». L’individu porte son attention au moment présent, à ce qui se passe en lui et autour de lui, ici et maintenant, sans porter de jugements. Il n’y a pas de mots à répéter, de visualisation à faire, mais seulement prêter son attention à la respiration, à la vie qui bat en soi, aux pensées qui vont et viennent et que l’on regarde passer en les acceptant telles qu’elles sont.

Meditation

Différences entre méditation et oraison

Cette pratique se rapproche de l’oraison contemplative, Dieu et la foi en moins. On y retrouve la position assise, le silence, l’apaisement des pensées. Dans l’oraison, les pensées aussi nous traversent l’esprit, mais nous revenons à l’instant présent par un acte de foi en la présence de Dieu en soi. On peut répéter un mot-prière qui aide l’esprit à se concentrer, comme le mot « Jésus », ou une formule plus longue récitée durant la journée. Dans un souci de laïciser la pratique de pleine conscience, on a laissé tomber le mot sacré, appelé aussi mantra, rompant ainsi avec une tradition millénaire. 

La prière chrétienne s’adresse à un Dieu Père, Fils et Esprit qui nous aime personnellement et auquel nous croyons. Elle se structure autour de la foi, l’espérance et la charité. La méditation de pleine conscience se concentre sur la respiration, le moment présent, le calme intérieur. En méditant, on lâche prise pour accepter ce qui vient; en priant, on s’abandonne à Celui qui vient. 

La méditation de pleine conscience recherche une meilleure présence à soi-même en se libérant des anxiétés; le but est thérapeutique. L’oraison est un moyen de se reposer en Dieu qui nous aime pour mieux nous unir à lui; le but est mystique. Les effets peuvent être identiques, non la finalité : détachement des pensées, pacification de l’être, stabilité des émotions, calme de l’esprit, écoute active, ouverture vers l’autre, compassion. 

Aujourd’hui, dans une perspective purement séculière, on a tendance à instrumentaliser la méditation issue de la tradition orientale comme d'une technique de gestion du stress pour être plus efficace et performant et non comme une présence d’amour à soi et aux autres. Dans la perspective bouddhiste, la méditation peut conduire à l’illumination en éliminant les causes de la souffrance. En ce qui concerne l’oraison chrétienne, le but est toujours l’union à Dieu en passant par le Christ qui nous donne l’Esprit Saint. Elle nous permet d’être au cœur du monde en partageant sa souffrance, comme le Christ l’a fait. Les deux pratiques ne sont pas d’ordre utilitaire; il ne s’agit pas ici d’apprendre à faire, mais à être. 

La conscience du souffle

La méthode la plus commune pour cultiver la pleine conscience est le souffle. Alors qu’on est en position assise, les yeux fermés ou mi-clos, les mains sur les cuisses, on porte son attention sur la respiration, plus précisément sur les sensations aux narines ou sur les mouvements de l’abdomen. On inspire et on expire consciemment en sachant que tout est interdépendant et que nous sommes reliés les uns les autres. 

La pleine conscience se cultive également par d’autres formes de méditation. Le balayage corporel : on porte son attention sur les sensations perçues dans chaque partie du corps. Le yoga : on se concentre sur le mouvement et les postures. La marche : l’attention se porte sur les pas en respirant profondément et en laissant son regard errer sans se presser. L’important est de rester attentif à l’instant présent. Ce n’est pas tant la durée qui importe dans la méditation que la régularité. 

Cette pratique s’avère utile pour le personnel médical, les gestionnaires d’entreprise, les gens qui occupent un métier stressant. Des études scientifiques ont démontré une baisse de l’anxiété, une élévation des défenses immunitaires et une plus grande capacité de concentration. Les «méditants» rétablissent un nouveau contact avec leur corps pour mieux l’écouter; ils habitent leur souffle pour mieux vivre en harmonie avec leur environnement. 

Dans un monde axé sur le rendement, ne nous étonnons pas de voir de plus en plus de gens consacrer du temps à la méditation si cela les rend plus efficaces. C’est peut-être pour eux le début d’une aventure spirituelle. Ils descendent ainsi en eux-mêmes et découvrent une intériorité qu’ils ne soupçonnent pas. Ils prennent une porte qui s’ouvre sur une réalité plus profonde que les biens matériels, une présence plus grande qu’eux-mêmes. Ils sont conduits vers le centre, que la tradition chrétienne appelle le cœur ou l’âme. Et être en son centre, n’est-ce pas être en Dieu? 

La méditation de pleine conscience peut prédisposer à accueillir la pleine présence de Dieu, si l’on croit en lui. Il n’y a parfois que le pas de la foi à franchir pour qu’elle devienne oraison et rencontre du Christ. Nous pouvons partager les trésors de la foi chrétienne, tout en respectant le cheminement de chacun. En prenant un temps gratuit pour Dieu, chaque jour, dans le silence de l’oraison, nous serons en mesure de témoigner que Dieu est amour. Comme disait si bien l’abbé Pierre : "Lorsque nous arriverons à la fin de notre vie, on ne nous demandera pas si nous avons été croyants, mais si nous avons été crédibles".

Paru dans Le Verbe, Québec, automne 2018, p. 70-71.
Ce texte s’inspire d’une annexe de mon livre Henri Caffarel, maître d’oraison, Cerf et Novalis, 2017, p. 137-143.

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