(École de prière 73) Dieu s'aime en nous

Dans l’oraison intérieure, nous accueillons l’amour du Dieu Père, Fils et Esprit qui n’est pas toujours perceptible à nos sens. On peut dire que c’est Dieu qui s’aime en nous, comme l’exprime le cistercien Guillaume de Saint-Thierry dans son traité La contemplation de Dieu :

Ô aimable Seigneur, tu t’aimes encore toi-même en nous, quand tu envoies dans nos cœurs l’Esprit de ton Fils qui, par la douceur de l’amour, par la véhémence de la bonne volonté que tu nous inspires, crie : « Abba, Père! » Ainsi, tu fais de nous ceux qui t’aiment; bien mieux, ainsi tu t’aimes toi-même en nous. (Sources chrétiennes 61, Cerf)

Jacques priere

Une présence d’amour

Telle fut l’expérience d’une femme mariée que le père Henri Caffarel présenta dans le livre Camille C. ou l’emprise de Dieu. Élevée dans un milieu familial athée, la jeune Camille perçoit pendant les vingt-cinq premières années de sa vie une mystérieuse présence d’amour au plus profond de son être qui la rend heureuse. Après avoir obtenu une thèse de doctorat en sciences, elle fréquente un camarade de faculté qui est catholique et qu’elle pense épouser. Elle est baptisée avant son mariage et fait sa première communion le lendemain. C’est alors que le Christ se manifeste subitement à elle comme cette présence d’amour qui vit au-dedans d’elle depuis son enfance. Après une nuit de la foi qui durera dix-neuf ans, le Christ fait irruption de nouveau dans sa vie alors qu’elle prie dans l’église d’un petit village en Suisse. C’est l’union définitive dans la Trinité où elle est consumée d’amour. Heureuse avec son mari, même si elle n’a pas pu avoir d’enfant, elle atteint de hauts sommets de la vie chrétienne au cœur même de sa vie conjugale. Elle meurt d’un cancer le 18 août 1971 à l’âge de 71 ans. 

Certes, cette vie mystique est plus admirable qu’imitable, mais chaque personne va vers Dieu avec ce qu’il est. Dans une lettre au père Caffarel, Camille écrit :

Au moment de l’oraison, pour que cette union pénètre jusqu’aux profondeurs de moi-même, il faut que dans mon âme largement ouverte j’accueille Dieu comme sur une patène, que je me vide totalement de moi, que je ne sois plus qu’un miroir qui reflète l’amour de Dieu. Ce feu qui me consume alors, c’est uniquement l’amour de Dieu. Le mien n’intervient plus du tout. C’est Dieu qui s’aime en moi. Il me semble n’être plus alors que capacité de la Sainte-Trinité.

Être capacité dans l’attente

Le Christ disait à Catherine de Sienne : « Fais-toi capacité, je me ferai torrent. » La tertiaire dominicaine conseillait de descendre dans la « cellule intérieure » de son cœur pour y puiser l’eau vive de la grâce. Dans une lettre à sœur Alessia, elle  évoque l’image du vase que la fontaine divine peut remplir si nous buvons en elle : « Que ton amour soit comme un vase que tu emplis dans une fontaine. Si tu retires ton amour de Dieu, qui est la fontaine d’eau vive, si tu ne bois pas continuellement en lui, ton vase deviendra vide ; ce sera une preuve que tu ne bois pas pleinement en Dieu . » 

Cette image de la fontaine d’eau vive sera reprise par Thérèse d’Avila quand elle parle de l’oraison, en référence à la parole de la Samaritaine : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » (Jean 4, 15)

Publié dans Prions en Église Canada, 21 octobre 2018, p. 35-36.

Pour aller plus loin: Henri Caffarel, maître d'oraison (Cerf); La prière chrétienne, guide pratique (Presses de la Renaissance).

Questions sur Les saints, ces fous admirables
Un poète et ses psaumes

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