École de prière (9) Je n'ai pas le temps de prier

Regardons nos agendas. Tout va tellement vite aujourd’hui ! De plus, on ne sait plus attendre. Même l’ordinateur n’est jamais assez rapide. Le temps file et il n’y a plus moyen de l’arrêter. Les citadins s’agitent partout, avec ou sans téléphones mobiles, comme s’il y avait péril en la demeure. Time is money ! On veut tout, tout de suite. Pourtant, nous savons bien que le coffre-fort ne suit pas le corbillard. Bref, l’Homo urgentus est en train de déclasser l’homo sapiens. L’attente est devenue du temps perdu, ralentir un danger, flâner un délit, rêver un luxe, prier une perte de temps.

Comment parler de la prière dans ce contexte où les gens manquent de temps ? Tout un paradoxe. Les priants apparaissent comme des résistants contre un temps continue, uniforme, tyrannique. Ils vivent dans la confiance, brûlant lentement du temps pour Dieu, comme l’encens s’élève vers le ciel. Ils ne sont pas à la recherche du temps perdu, mais du Dieu venu dans le temps. Le temps devient liturgique ; c’est le temps de la prière, de l’intériorité, de l’action de grâce, de la contemplation.

Perdre du temps

La prière exige que l’on s’arrête, que l’on prenne un certain recul face à nos besoins. Simplicité volontaire ou prière volontaire ! Dans la prière, nous gagnons du temps en le perdant, nous faisons une pause dans le quotidien, nous nous reposons en nous abandonnant à Dieu. En d’autres termes, nous nous donnons le temps de prendre du temps pour Dieu. Car le meilleur moyen d’avoir du temps pour prier c’est de commencer à prier.

Si tu attends d’avoir du temps pour prier, tu ne prieras pas. La prière commence par une décision de ta part, une détermination ferme de prier chaque jour, quoiqu’il arrive, disait Thérèse d’Avila. Tu trouveras toujours quelques minutes pour prier si la prière est devenue importante pour toi, si Dieu est central dans ta vie, comme la rose du petit prince, qui est devenue unique au monde parce qu’il a pris du temps pour elle. "On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux. […] C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. […] Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose. (Antoine de Saint-ExupéryLe Petit Prince, Gallimard, 1999, p. 76-78.)

Nous pensons à ceux et celles que nous aimons, mais rien ne vaut le temps que nous passons avec eux. Ainsi en est-il avec Dieu ; tu penses à lui, mais lui consacrer quelques minutes dans la journée prouve que tu l’aimes et qu’il est important à tes yeux. Lorsque le petit prince demande pour la troisième fois au renard ce que signifie « apprivoiser », celui-ci répond que c’est une chose trop oubliée : « Créer des liens ».  

Créer des liens

N’est-ce pas ce que fait la prière : elle crée des liens avec soi-même, les autres, la terre et Dieu. Mais pour se laisser apprivoiser par la prière, il ne faut pas compliquer ce qui est simple. La prière est aussi naturelle que respirer. Elle va t’apprivoiser si tu acceptes de prendre du temps pour Dieu, afin de mieux le connaître et de l’aimer. Tout un défi pour celui ou celle qui court sans cesse. Et pourtant, le temps que tu perds à prier n’est jamais du temps perdu, parce que tu prends le temps d’aimer, de te donner, à l’image du Christ qui est venu dans le temps pour nous ouvrir les portes de l’éternité. Le temps fait son œuvre lorsque tu pries, car tu aimes. N’est-ce pas ta vocation profonde qui te définit comme être humain : aimer ?

Apprivoiser la prière, c’est accepter de prendre tu temps pour Dieu, donc de retrancher quelques minutes de télé, par exemple. Apprivoiser la prière, c’est décider à quel moment précis de la journée tu vas consacrer du temps à Dieu. C’est le premier pas de la prière. Personne ne décidera à ta place. Et sache que Dieu attend ce premier pas. Il désire bien plus que toi te rencontrer dans la prière, car il veut te donner son amitié, t’apprivoiser à la mesure de son cœur, te séduire par des liens de tendresse, puisque tu es unique à ses yeux. "Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi" (Apocalypse 3, 20).

Pour aller plus loin, je vous suggère: Guide pratique de la prière chrétienne (Presses de la Renaissance, 323 pages); Expérience de la prière (Parole et Silence, 140 pages).

Le lieu du coeur
L'adoration eucharistique: douze conseils

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