L’encyclique du pape François sur la fraternité

La troisième encyclique du pape François, Tous frères, emprunte son titre à une expression de François d’Assise : Fratelli tutti. Cette encyclique sociale, divisée en huit chapitres, rassemble et développe les thèmes soulevés dans le Document sur la fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune, que le pape a signé en février 2019 avec le grand imam Ahmad Al-Tayyeb.

Il réagit contre les différentes manières actuelles d’éliminer et d’ignorer les autres en nous conviant au grand rêve de fraternité et d’amitié sociale, « comme des voyageurs partageant la même chair humaine, comme des enfants de cette même terre qui nous abrite tous » (no 8).

  Pape Francois Tous freres

L’exemple du bon Samaritain

Au premier chapitre, « les ombres d’un monde fermé », le Saint-Père dresse un état des lieux d’un post-libéralisme destructeur du lien social : manipulation de la démocratie, désintérêt pour le bien commun, prévalence d’une logique de marché, culture du déchet. Il constate que la mondialisation nous rapproche mais ne nous rend pas frères pour autant. Il y a trop de méfiance, de polarisations, d’inégalités qui ne favorisent pas la bienveillance, le dialogue, la proximité. 

Avec l’espérance en un Dieu qui veut le bien de l’humanité, le pape invite à répandre chaque jour, au-delà de notre confort, les semences de l’amour, de la justice et de la solidarité, à l’exemple du bon Samaritain, figure centrale du chapitre suivant, « un étranger sur le chemin ». Il s’est fait proche de l’exclu qui était blessé en s’intéressant à lui, en le réhabilitant. L’amour a brisé les chaînes de l’isolement et a jeté un pont ; l’étranger est devenu un frère. 

Notre existence est étroitement liée à celle des autres, nous rappelait le pape dans l'encyclique Laudato Si. Nous atteignons notre plénitude en sortant de nous-mêmes et en nous donnant aux autres, en les accueillant et en les servant. Cette fraternité universelle est au cœur de l’Évangile : « Tous vous êtes des frères » (Mt 23, 8). Mais comment vivre la fraternité ? En étant ouvert, répond le pape aux chapitre trois et quatre. Il s’agit de « penser et gérer un monde ouvert », en protégeant les familles, en luttant contre les causes structurelles de la pauvreté et de l’inégalité, en accueillant et intégrant les personnes migrantes et marginalisées, sans rien attendre en retour, parce qu’il est bon d’agir ainsi. « Chaque groupe humain s’intègre dans ce réseau de communion universelle qui trouve là sa beauté » (no 149). 

Cet amour qui s’étend au-delà des frontières fonde l’amitié sociale, qui est « la meilleure politique », développée au cinquième chapitre. Cette politique, centrée sur la dignité humaine, sert le bien commun, assure un épanouissement personnel, promeut une économie de la diversité, inclut le dialogue interdisciplinaire. La charité sociale devient ainsi l’âme de tout progrès social et politique, à mille lieues des populismes qui aliènent les peuples.

Une culture de la rencontre

Aux chapitres six et sept, François prône une culture de la rencontre où l’on peut apprendre quelque chose de chaque personne. Pour contrer l’agressivité, la vengeance et la violence, rien de mieux que le dialogue entre les personnes et les peuples. Ce dialogue social est bienveillance, connaissance, écoute, rapprochement, respect du point de vue de l’autre. Sur ce chemin qui mène à la paix, nous nous rencontrons en reconnaissant la dignité de toutes les personnes, en respectant la vie du début à la fin, en éliminant les armes nucléaires et la faim, en valorisant le sens du pardon, « au-delà des différences d’idées, de langues, de cultures, de religions » (no 254).

Le dernier chapitre est consacré aux religions qui doivent être au service de la fraternité dans le monde et de la liberté de conscience. Le terrorisme, rappelle le pape, n’est pas dû à la religion, mais à des interprétations fausses des textes religieux. 

Il termine en évoquant la figure d’un autre frère universel, Charles de Foucauld, qui « a orienté le désir du don total de sa personne à Dieu vers l’identification avec les derniers, les abandonnés, au fond du désert africain ». 

Il exprimait dans ce contexte son aspiration de sentir tout être humain comme un frère ou une sœur, et il demandait à un ami : « Priez Dieu pour que je sois vraiment le frère de toutes les âmes […] ». Il voulait en définitive être « le frère universel ». Mais c’est seulement en s’identifiant avec les derniers qu’il est parvenu à devenir le frère de tous. Que Dieu inspire ce rêve à chacun d’entre nous. Amen ! (no 287) 

Cette encyclique, exigeante et prophétique, se situe dans la grande tradition de la doctrine sociale de l'Église. Le pape François devient ici un leader mondial capable de nous faire réfléchir sur les problèmes du monde et d’y apporter des solutions. Il nous interpelle à vivre la fraternité véritable et à protéger notre maison commune. Tout un défi pour notre temps!

Pour lire le texte de l'encylique en français, cliquez ici.
Lire aussi les autres articles du blogue sur le pape François, cliquez ici.

Pour aller plus loin sur ce thème de la fraternité, mon prochain livre: Charles de Foucauld, passionné de Dieu (Emmanuel/Novalis).

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