L'espérance: de l'Avent à Noël

L’Avent est le temps par excellence de l’espérance. Ce temps d’attente et de désir nous prépare à accueillir Celui qui est, qui était et qui vient, le Verbe de vie, l’Emmanuel, Dieu avec nous. Nous célébrons l’arrivée de la lumière qu'est l’avènement de Notre Seigneur Jésus Christ. Il est venu humblement dans la chair à Noël, il vient mystérieusement chaque jour en nos âmes, il viendra puissamment dans la gloire, que ce soit à la fin de notre vie ou à la fin des temps. Telle est la foi chrétienne.  

Le mot Avent vient du latin Adventus qui désigne l'acte d'arriver. Cette joyeuse étape vers Noël rappelle que nous marchons vers un but, notre naissance en Dieu. Cette année, c’est la première fois que je vis ce temps en orphelin, solidaire des personnes qui vivent une perte, un manque, une solitude. Comme je l'ai déjà écrit dans ce blogue, mon père est décédé le 2 juin, rejoint par maman le 28 septembre.

En cet avent 2018, je ressens un grand vide, comme si l’on avait coupé mes racines, même si je sais que mes chers parents ne sont pas partis mais arrivés. J’aimerais bien entendre leurs voix; le silence ne comble par le vide laissé par leur départ. C’est le temps du deuil, du long désir, où j’apprends mon indigence, comme on le chante dans une hymne de l’Avent. 

Je me tourne alors vers l’Enfant vulnérable de la crèche, pain de vie déposé dans une mangeoire pour nourrir l’humanité entière. Il me montre le Père miséricordieux, source de toute paternité; il me redonne sa mère, qui me console et me soutient en tout temps. C’est là, dans l’indigence de ma crèche intérieure, que le Dieu fait homme se révèle, non pour dissimuler le manque qui m’habite, mais pour partager son désir d’aimer, sa soif de me rencontrer. 

Le Christ m’est plus un désir à vivre qu’un besoin à satisfaire. Il invite à la vigilance pour mieux nous éveiller en Dieu : « Restez éveillés et priez en tout temps » (Lc 21, 36). Il fait du neuf, trace en nous son chemin, éclaire nos veilles et nos engagements. J’attends son retour, où il sera tout en tous. Je m’accroche à cette antienne, bouée lumineuse pour la journée et phare dans ma nuit : « Viens Seigneur, ne tarde plus ! En veillant dans la nuit, nous attendons ton retour ».

La flamme de l’espérance 

L’amour espère tout, nous dit saint Paul, et l’espérance ne déçoit pas. Péguy évoque magnifiquement cette petite fille Espérance qui s’avance entre ses deux grandes sœurs, la Foi et la Charité. C’est avec elle, cette petite, qui n’a l’air de rien, que nous nous préparons joyeusement à la venue de l’Enfant-Dieu. C’est elle qui nous tire vers Dieu et nous fait traverser les épreuves et les deuils de la vie.

Avent 2

L’histoire des quatre bougies, évocation de la couronne de l’Avent, est une autre analogie qui exprime la puissance de l’espérance. Elles brûlent côte à côte, et malgré le silence, on peut entendre leur conversation. La première dit : « Je suis la Paix, mais les gens la vivent si peu que je pense que je vais m’éteindre ». Et elle s’éteignit. La deuxième dit : « Je suis la Foi, mais on ne veut rien savoir de moi aujourd’hui ». Elle s’éteignit elle aussi. La troisième dit : « Je suis l’Amour, mais on ne pense qu’à soi, oubliant de semer la bonté sur la route des plus souffrants ». Une brise l’éteignit facilement. Un enfant entra dans la pièce et vit les trois bougies éteintes, il se mit à pleurer. La quatrième bougie, qui était restée silencieuse, le consola : « Moi, je suis l’Espérance. Relève la tête, sois dans la joie, tant que ma flamme demeure, nous pourrons allumer les autres ». 

Saint François d’Assise brûla de cette ardente espérance en créant la première crèche à Greccio en 1223. Son biographe Thomas de Celano rapporte qu’il désirait évoquer le souvenir de l’enfant pauvre de Bethléem en voulant le voir de ses yeux, dormant dans le foin, entre un bœuf et un âne. Il passa « la veillée debout devant la crèche, brisé de compassion, rempli d’une indicible joie », devenant « enfant avec l’Enfant » écrit Celano. Son espérance ranima la foi et l’amour de ses compagnons, leur ouvrant la porte du ciel descendu sur terre. Il se pencha toujours plus bas pour mieux trouver le Très-Haut avec Marie et Joseph, les bergers et les exclus, ceux et celles qui sont petits et fragiles comme ce Dieu devenu enfant.  

L’espérance tressaille

Jésus naît sans cesse en notre monde meurtri. Sa lumière chasse les ténèbres, malgré la souffrance et le mal, « les siècles de douleurs avant le plein jour ». Noël demeure inséparable de Pâques : nudité de la crèche, dépouillement du tombeau, passage de la nuit au jour, des ténèbres à la lumière. 

L’espérance apportée par Jésus habite nos cœurs, « elle tressaille, elle l’emporte sur les douleurs », comme l’évoque Patrice de La Tour du Pin dans ce psaume pour le temps de l’Avent. 

Combien de siècles de douleurs encore
avant le plein jour, Seigneur?
 
Tu nous fais patiemment, nous allons vers le terme,
mais ton corps d’hommes est lent à s’accomplir.
 
Pas assez de nuits qui t’accueillent,
pas assez de têtes qui s’inclinent devant toi.
 
Nous t’annonçons dans les douleurs du monde,
nous parlons avant d’être nés.
 
Dans l’ombre qui nous couve et où nous t’attendons,
nous chantons déjà ta lumière!
 
Combien de siècles avant qu’elle éblouisse,
combien de mémoires de Noël?
 
Le Père de tout amour nous a confié son espérance
nous tendons nos espérances vers lui.
 
En toi, elles ne font qu’une :
elle tressaille, elle l’emporte sur les douleurs.
 
(Psaumes de tous mes temps, Salvator, 2018, p. 131)
 
Pour aller plus loin: Petit dictionnaire de Dieu (Novalis).
Lire également les autres articles de ce blogue sur le thème de l'Avent.
Polytechnique, un 6 décembre
Bienheureux Louis et Marie Quattrocchi

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