La croix assumée dans l'amour

Le 14 septembre, l’Église fête la Croix glorieuse du Christ. Le mystère de la Croix est inséparable de la puissance de la résurrection. En ces temps de consommation et de divertissement, peut-on comprendre ce langage de la croix ? Il sera toujours fou et scandaleux, nous dit saint Paul, remettant en question notre logique humaine. « Il s’agit pour moi de connaître le Christ, d’éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en devenant semblable à lui dans sa mort, avec l’espoir de parvenir à la résurrection d’entre les morts » (Philippiens 4, 10-11). 

Croix tabernacle

Victoire de la croix

Le Père a voulu que son Fils triomphe du péché et de la mort, de la souffrance et du mal, en le ressuscitant. Le salut qu’il apporte n’appartient pas à la pensée magique. Le Christ, par la puissance d’amour qui jaillit de sa croix, nous aide à résister aux forces mortifères qui nous habitent. Dès le début de son ministère, il annonce que les temps sont accomplis et que le règne de Dieu est tout proche. « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Marc 1, 15). Il nous révèle la miséricorde du Père tout en faisant sa demeure en nous pour que nous demeurions en lui. 

L’amour infini de Dieu s’exprime sur la croix. Le jésuite François Varillon a bien montré que Dieu ne peut que ce que peut l’amour, puisqu’il n’est qu’amour et miséricorde. Si la souffrance révèle la finitude de notre condition humaine, la souffrance assumée dans l’amour révèle la condition divine. Le Père prend sur lui la douleur et la mort de son Fils pour les transformer dans l’amour par la joie de la résurrection.  

Georgette Faniel

La mystique Georgette Faniel, qui vécut discrètement à Montréal de 1915 à 2002, a été configurée au Christ jusqu’à partager ses épreuves dans sa chair pour son corps qu’est l’Église. Elle nous enseigne que l’essentiel ne se trouve pas dans la souffrance, mais dans l’amour, surtout si nous ne ressentons aucune consolation ni satisfaction dans la foi. Elle a marché à la suite de Jésus en renonçant à elle-même et en prenant sa croix, non par amour de la souffrance, ce qui serait du dolorisme, mais par amour du Christ qui nous invite à aimer comme il a aimé. 

L’amour et la joie ne sont pas incompatibles avec la croix, car ils embrassent toute souffrance. Le 28 avril 1991, Georgette Faniel le rappelle au franciscain croate Janko Bubalo : 

Une croix acceptée par amour de Dieu devient légère, parce que l’amour est pur et puissant. C’est ce qui a fait la force des martyrs. Cette foi en la puissance de l’Amour de Dieu sur nous dans les épreuves et les croix, dépasse notre intelligence. C’est seulement avec l’humilité de Marie, le pouvoir de la grâce, que nous pouvons saisir un peu le sens des épreuves et la valeur de la Croix. » (Jacques Gauthier, Georgette Faniel, le don total, Novalis, 2018, p. 216-217)  

Dina Bélanger

Une autre mystique québécoise, la bienheureuse Dina Bélanger (1897-1929) a trouvé la joie en s’unissant à la croix de Jésus avec Marie. Elle a expérimenté sa propre faiblesse dans la maladie, s’abandonnant en toute confiance à la puissance du Christ qui s’est déployée dans son âme. Elle a bu au calice de la Passion de Jésus pour consoler son cœur et coopérer au salut des âmes. Affaiblie par la tuberculose, elle écrit le 14 septembre 1928, fête de la Croix glorieuse :

   Dieu aime les âmes d'un amour si grand qu'il met son bonheur à changer pour elles en jouissances toutes leurs souffrances. Il veut que déjà sur la terre les âmes soient heureuses dans la souffrance par l'amour divin. C'est pourquoi les âmes qui aiment Dieu véritablement trouvent tant de bonheur dans la croix, malgré les répugnances de leur nature. C'est qu'elles trouvent et aiment Dieu en tout ce qui les contrarie. (Jacques Gauthier, Je donnerai de la joie. Entretiens avec Dina Bélanger, Novalis/Emmanuel, 2019, p. 177)

Nous n’avons pas à rechercher la croix, elle arrive par elle-même sur les chemins d’Évangile que nous prenons à la suite du Christ. Sur cette voie étroite, nous rencontrons des humiliations, des incompréhensions, des rejets, des tentations, avant de connaître la gloire de la résurrection dans le Christ, tel que promis.

Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. (Jean 3, 17)

Lire aussi sur mon blogue: La Croix glorieuse, la vie donnée.  La folie de la croix.

Prière missionnaire à Thérèse
La donneuse de joie

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