La substitution au Christ

La Semaine sainte est une belle occasion de méditer sur le sens profond de la souffrance assumée dans l’amour. Jésus offre librement sa vie par amour en prenant nos péchés sur lui pour nous sauver. Il nous invite à participer à sa souffrance et à sa mort pour qu’il ressuscite en nous et dans les autres. C’est ce que saint Paul a montré en voulant prendre sur lui la malédiction qui pesait sur ses compatriotes : « Moi-même, pour les Juifs, mes frères de race, je souhaiterais être anathème, séparé du Christ » (Romains 9, 3). Cette substitution au Christ lui fera dire : « Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns » (1 Corinthiens 9, 22). 

Jesus Simon cyrene

Vivre pour les autres

Le serviteur souffrant d’Isaïe préfigurait cette substitution : « C’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui ; par ses blessures, nous sommes guéris » (Isaïe 53, 4-5). 

Dans son livre La miséricorde, le cardinal et théologien Walter Kasper évoque cette notion de substitution qui a pris des formes variées tout au long de l’histoire : le martyre, la vie érémitique et monastique, la mystique de la croix développée par saint Bernard, la nuit de la foi explicitée par Jean de la Croix, l’offrande à l’amour miséricordieux de Thérèse de Lisieux pour que ses frères et sœurs incroyants reçoivent la lumière de la foi.

Kasper ajoute : « C’est dans cette tradition que s’inscrit aussi Édith Stein, sœur Thérèse Bénédicte de la Croix. Dans la persécution nazie elle est partie à Auschwitz où elle allait mourir dans une chambre à gaz pour son peuple, le peuple juif auquel elle continuait d’appartenir. C’est dans le même esprit que Maximilien Kolbe a offert sa vie pour un autre détenu, un père de famille. Mère Teresa elle aussi a vécu une nuit mystique jusqu’à sa mort après les expériences lumineuses du début ». 

Des âmes données comme Marthe Robin (1902-1981) et Georgette Faniel (1915-2002) ont aussi été configurées au Christ en ne faisant plus qu’un avec lui sur la croix. Cette transformation dans le Christ, où nous ne vivons plus pour nous-mêmes, mais pour les autres, donne à la conception de « substitution » sa dimension ecclésiale et universelle. 

La valeur de la croix

Dans sa première homélie aux cardinaux après le conclave de 2013, le pape François disait : « Quand nous cheminons sans la Croix, quand nous édifions sans la Croix et quand nous confessons un Christ sans la Croix, nous sommes mondains ». Saint Paul nous le rappelle à sa manière : « Je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église » (Colossiens 1, 24-25) 

Comment trouver la joie dans les souffrances sans les supporter au nom de ceux et celles qui pleurent, sans nous associer aux souffrances du Crucifié, un jour à la fois, pour son corps qui est l’Église ? Comment supporter l’épreuve sans nous offrir pour le salut de nos frères et sœurs auxquels Jésus s’identifie ? Au père Janko qui lui demande le but et le sens de ses souffrances, Georgette Faniel écrit : « La réponse est toujours l’amour de Dieu et des âmes. Si nous oublions que notre souffrance unie à Celle de Jésus est rédemptrice, que nous reste-t-il ? »

La bienheureuse Dina Bélanger (1897-1929) de Québec exprime aussi la même conviction. Jésus s’est substitué à elle d’une manière intime, profonde, participant ainsi à la gloire de sa résurrection. Elle a voulu le laisser faire totalement dans sa vie, ne faisant qu’un avec lui, pour le salut des âmes. Son désir après la mort était de donner de la joie à tous. Elle écrit dans son Autobiographie 

« L'amour est l'unique motif de mes désirs : je souhaite que Jésus crucifié se reproduise en moi, afin que je puisse lui ressembler le plus parfaitement possible, et, par lui, d'appliquer aux âmes ses mérites inépuisables. Cependant, je soumets mes désirs à la mesure de son bon plaisir : comme il le veut, ni plus, mais ni moins ! »

Cet article a été publié en partie dans le Prions en Église Canada, 14 avril 2019, p. 36-37.

Pour aller plus loin: Georgette Faniel, le don total Novalis) et Les Saints, ces fous admirables (Novalis / Béatitudes).
À paraître le 28 août 2019: Je donnerai de la joie. Entretiens avec Dina Bélanger. Montréal / Paris, Novalis / Éditions de l'Emmanuel, 206 pages, 19,95$, 17€.

C'est le Seigneur!
À Notre-Dame de Paris

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