Le grand silence du Samedi saint

J’aime la sobriété du Samedi saint qui contraste avec la magnificence du Jeudi saint et la gravité du Vendredi saint. Il n’y a pas de rite particulier en ce jour, pas d'Eucharistie, sauf le soir à la veillée pascale. Jour du grand silence de l’espérance en la résurrection, les chrétiens prennent une pause tout en continuant à faire mémoire de la mort du Seigneur. Jour d’attente et de veille, nous nous ouvrons à la nouveauté pascale à venir. Le vide que nous ressentons est rempli du souvenir du Seigneur, son absence devient ainsi une forme supérieure de présence.

Samedi saint

Avez-vous remarqué qu’il n’y a pas de rites d’ouverture ou d’envoi à la Cène du Jeudi saint et à la célébration du Vendredi saint? N’est-ce pas pour marquer l’unité dans un même acte de prière qui englobe ces trois jours consacrés à la méditation du mystère de la Passion. 

Le Samedi saint n'est donc pas une parenthèse au cœur du Triduum pascal. En ce jour, le temps est libéré pour nous permettre de prier avec plus d’intériorité, dans l’attente de la résurrection du Seigneur, de porter aussi dans la prière nos chers disparus. Ce n’est pas le moment pour des répétitions à l’église ou des achats de dernière minute. À l’église, le dépouillement dispose au recueillement de l’oraison contemplative. L’autel est nu, le tabernacle est ouvert, il n’y a plus rien, sauf l’attente de la nuit bienheureuse.

En ce jour de repos, le fidèle est invité à descendre dans sa « cellule intérieure », comme disait Catherine de Sienne, pour vivre un cœur à cœur amoureux avec le Christ en prolongeant sa prière d’offrande au Père. « Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. » (Jn 17, 11)

Essentiellement, le Samedi saint prolonge le drame du Vendredi saint par la prière et le jeûne. « L’Église demeure auprès du tombeau de son Seigneur, méditant la Passion et la mort du Christ ainsi que sa descente aux enfers, et elle attend sa résurrection dans la prière et le jeûne ». (Paschalis sollemnitatis, lettre de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, janvier 1988). 

La liturgie des Heures

Le Samedi saint n'est pourtant pas un jour sans liturgie. L’Église, qui se tient auprès du tombeau de son Seigneur, invite les croyants à la prière des Heures, qui devient la prière liturgique par excellence. Quelle belle occasion de renouer avec cette prière officielle de l’Église, offerte chaque jour au peuple de Dieu tout entier. Nous actualisons le mystère pascal en méditant les Écritures à l’office des lectures, des laudes et des vêpres de ce samedi. 

La liturgie des Heures rend présent le salut de Dieu dans notre aujourd’hui. Nous célébrons l’alliance de Dieu avec l’humanité en reprenant les psaumes de supplication et de louange. Jésus lui-même a médité ces psaumes dès son enfance avec Marie et Joseph, à la synagogue, avec les Douze, durant sa Passion, tel le psaume 15, proposé à l’office des lectures du Samedi saint.

Mon coeur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m'abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption. (Ps 15, 9-10)
 

L’homélie ancienne pour le grand et saint Samedi, que nous lisons à l’office des lectures, évoque l’image du roi de gloire qui vaincra la mort : « Que se passe-t-il? Aujourd’hui, grand silence sur la terre; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. La terre a tremblé et elle s’est apaisée, parce que Dieu s’est endormi dans la chair et il a éveillé ceux qui dorment depuis les origines. »

À la prière du soir des vêpres, nous retrouvons les grands aspects de la liturgie des Heures de ce samedi : adoration, confiance, espérance, supplication, louange. Dans sa prière de conclusion, l’Église résume avec foi le mystère de la descente aux enfers lié à la résurrection et à la vie éternelle : « Dieu éternel et tout-puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d’où il est remonté glorieux : accorde à tes fidèles ensevelis avec lui dans le baptême, d’accéder par sa résurrection à la vie éternelle. Lui qui règne pour les siècles des siècles. Amen ».

La descente aux enfers

Par sa mise au tombeau, le Fils de Dieu régénère son Église; par sa descente aux enfers, il la délivre. Nous nous tenons au cœur du monde en priant avec Jésus au tombeau. « Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau. » (Mc 15, 46) Le bon grain est enseveli pour éclore en vie nouvelle. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12, 24)

Voici le sabbat du Christ, son grand repos salvifique, où il « est descendu aux enfers », comme nous le confessons avec toute l’Église dans le Symbole des apôtres. Dans une réponse à une question d’un internaute le vendredi 22 avril 2011, Benoît XVI précise que la descente de Jésus aux enfers ne doit pas être vue comme un voyage géographique, mais un voyage de l’âme.

« Nous ne devons pas oublier que l’âme de Jésus touche toujours le Père, qu’elle est toujours en contact avec le Père, mais qu’en même temps, cette âme humaine s’étend jusqu’aux dernières frontières de l’être humain. C’est pourquoi elle va en profondeur, aux égarés, vers tous ceux qui ne sont pas arrivés au but de leur vie et elle transcende ainsi les continents du passé. Ce passage de la descente de Jésus aux enfers veut surtout dire que même le passé est rejoint par Jésus. Il embrasse le passé et tous les hommes de tous les temps. »

Cet article du credo nous fait découvrir un aspect important de la spiritualité du Samedi saint, l’espérance en la résurrection du Christ qui a changé le cours du temps et de l’histoire. Cette espérance chrétienne est un dynamisme de vie qui s’enracine dans l’amour du Père qui envoie son Fils pour nous ouvrir les portes de la vie éternelle par le don de sa vie et de l’Esprit Saint. Avec François d’Assise, nous pouvons appeler la mort corporelle « notre sœur », puisque par elle nous verrons Dieu. Le Christ, en habitant la mort, ne nous a pas laissés seuls face à elle, il l’a remplie de sa présence. En lui, la vie n’est pas détruite, mais transformée.

« Jésus ne descend pas seulement chez les morts; il descend dans sa mort; il descend dans l’état de mort et il l’habite. Il l’habite longuement, posément, gravement; ainsi lorsque nous serons nous-même en cet état, nous n’y serons pas seuls : nous le trouverons déjà habité et réchauffé par lui; Jésus s’y sera allongé, déjà, à notre place. » (François Cassingena-Trévedy, Étincelles, Ad Solem, 2004, p. 61)

Extrait de mon article paru dans la revue Prêtre et Pasteur, Montréal, mars 2018, p. 151-155.

Pour aller plus loin: Notre coeur n'était-il pas brûlant? ; J'ai soif.

L'espérance pascale
École de prière (66) L'oraison comme guide

Sur le même sujet:

 

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