Les dimensions spirituelles de la Mission

Le pape François a décrété le mois d’octobre 2019 Mois missionnaire extraordinaire. Pour bien intégrer le thème proposé, « Baptisés et envoyés : l’Église du Christ en mission dans le monde », il propose quatre dimensions spirituelles, que l'on peut vivre toute l'année : la rencontre personnelle avec le Christ, le témoignage des saints, la formation catéchétique à la Mission, la charité missionnaire. J’ai déjà abordé la rencontre du Christ dans un article de ce blogue, Ma vie comme mission, que l'on retrouve aussi dans la revue Univers [1]. Je parlerai brièvement ici des trois autres dimensions spirituelles.  

Mission 

Le témoignage des saints

Dans son exhortation apostolique Gaudate et Exsultate, le pape François présente la sainteté comme une réalité toute proche, possible, destinée non à une élite, mais à la « classe moyenne ». « Les saints nous encouragent et nous accompagnent », écrit-il dans le premier chapitre. Leur témoignage nous surprend et nous dérange, « parce que leurs vies nous invitent à sortir de la médiocrité tranquille et anesthésiante » (no 138).

Les saints, que j’appelle « ces fous admirables[2] », témoignent, par leur vie donnée, qu’évangéliser c’est d’abord aimer. Nous n’avons pas à les copier, mais à imiter l’amitié ardente qu’ils ont pour le Christ et le prochain. Ils font avancer l’Église en vivant l’Évangile au quotidien. Ils nous incitent à être des témoins audacieux de la Bonne Nouvelle. Avec eux, nous créons du neuf en laissant la place à l’Esprit.

En nous donnant la vie, Dieu assigne à chacun et chacune une mission à accomplir, un rôle à jouer dans son plan d’amour. Chaque personne a la tâche de connaître sa mission dans le monde, de discerner la volonté de Dieu en elle, de faire de sa vie une œuvre de beauté et de salut pour les frères et sœurs en humanité. Or, « la volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté » (1 Th 4, 3). Devenir saint, c’est devenir l’être que le Père a voulu que je sois en me créant à son image, me destinant à être son enfant dans le Fils. « Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour » (Ép 1, 4).

Le concile Vatican II a affirmé que nous sommes tous appelés à la sainteté. Voilà notre chemin et notre mission, nous rappelle François dans Gaudate et Exsultate : « Chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. Cette mission trouve son sens plénier dans le Christ et ne se comprend qu’à partir de lui. Au fond, la sainteté, c’est vivre les mystères de sa vie en union avec lui » (no 19-20). 

François de Sales disait que l’Évangile doit être la règle de notre vie et l’amour l’unique méthode dans la Mission. L’important est d’accomplir notre devoir d’état le mieux possible, de modeler notre vie à celle du Christ, de fréquenter ses amis les saints. « Ils nous réconfortent dans l’espérance, puisqu’ils ont vaincu la mort avec le Christ. Ils nous aident à traverser les épreuves de la vie. En les priant, nous exprimons notre confiance et notre relation en un Dieu proche, intime, bienveillant. Avec eux, nous devenons des amis de Dieu[3]. »

Le pape François invite à être une « Église en sortie », stimulée par le témoignage des saints : « l’Église n’a pas tant besoin de bureaucrates et de fonctionnaires, que de missionnaires passionnés, dévorés par l’enthousiasme de transmettre la vraie vie » (no 138). Le cardinal théologien Walter Kasper va dans le même sens quand il constate que les chrétiens qui donnent de la joie au monde sont une preuve vivante de l’existence de Dieu. « Un cœur rempli de joie et d’enthousiasme : voilà ce qui est le plus nécessaire à la chrétienté d’aujourd’hui[4]. »

La formation catéchétique à la Mission

Le Père vient à notre rencontre par son Fils qui donne l’Esprit pour faire de nous des disciples-missionnaires[5]. Toute catéchèse part de cette relation trinitaire qui est don et communion. Le Christ nous envoie dans le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut et faire rayonner son amour. « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). Il fait de nous ses « apôtres », mot grec qui signifie « envoyé ». De par le baptême, nous sommes appelés par notre nom pour être envoyés en son Nom[6]. La Mission découle d’une rencontre avec le Christ où nous sommes appelés à être tout à tous.

L’Église est essentiellement missionnaire; elle n’existe pas pour elle-même, mais pour la Mission. Le chrétien la rend présente dans le monde de plus en plus sécularisé. Il participe à la mission de Jésus en partageant une parole de libération où l’objectif n’est pas de vouloir changer l’autre, mais de le rencontrer; non de le convaincre, mais de l’accompagner. « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés, annoncer une année favorable accordée par le Seigneur » (Lc 4, 18).

Aujourd’hui, nous avons à passer d’un style passif d’une pastorale d’entretien à un style plus dynamique d’évangélisation. Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme ou du marketing, de vouloir grossir les rangs de l’Église ou d’obtenir du succès, mais d’accueillir et de créer des liens par notre présence et notre amour. Le pape François le rappelait dans son homélie de la messe du 30 novembre 2018 : « Nous n’avons pas un produit à vendre, mais la vie divine à communiquer à tous, quel qu’il soit, à temps et à contretemps ». 

Notre vie est une grâce et une mission, d’où la responsabilité de la faire fructifier, en vue de la croissance du Royaume, comme l’évoque Jésus dans la parabole des talents (Mt 25, 14-30). Acquérir des compétences peut aider à la Mission, mais rien ne vaut la méditation quotidienne de la parole de Dieu, l’abandon confiant en sa miséricorde et une vie d’oraison profonde où nous établissons un dialogue d’amour avec la Trinité. En buvant à cette source divine, nous pouvons désaltérer la soif des gens en leur proposant des raisons de croire, d’espérer et d’aimer. 

Le Christ anime et vit la Mission en nous. Il fait de nous ses témoins par son Esprit. Plus que l’efficacité, il féconde notre action en la rendant plus intérieure, en nous faisant porter des fruits qui témoignent par eux-mêmes. Ce témoignage passe par le don de soi et l’écoute, la compassion et la réconciliation, la cohérence entre la parole et les actes. Tel est le chemin de Jésus, celui des Béatitudes, vécues dans des petites communautés de foi qui sont le levain dans la masse. Comme disait la mystique Élisabeth Leseur (1866-1914) : « Une âme qui s’élève, élève le monde ».

La charité missionnaire

En parlant de charité missionnaire, nous remontons à la source même de la Mission qui se trouve au cœur de la Trinité où le Père, le Fils et l’Esprit se donnent mutuellement dans un amour de diffusion. « Dieu engendre sans cesse son Fils, du Père et du Fils procède constamment le Saint-Esprit; c’est pourquoi Dieu est éternel amour. L’amour qui nous est donné ne saurait s’arrêter en nos âmes. Il a besoin de remonter vers sa source et il veut par nous continuer son mouvement de diffusion de lui-même[7]. »

Dieu se donne par attraction, rayonnement. Il cherche à se communiquer, à se donner, à se répandre : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Rm 5, 5). Ce mouvement expansif de l’amour trinitaire nous pousse à prolonger la mission du Christ. Le soir de sa résurrection, il apparaît à ses apôtres craintifs, leur montre ses mains et son côté, leur communique son Esprit pour la réalisation de la Mission. « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 21-22). 

Évangéliser, n’est-ce pas nommer Dieu qui est déjà là, caché au cœur du monde comme un feu? Il est spécialement présent dans la communauté qui célèbre l’Eucharistie et qui est engagée auprès des démunis. Nous ne sommes pas envoyés pour imposer l’Évangile comme si c’était une idéologie, mais pour que le Christ soit aimé, connu, partagé. « Dieu se propose, il ne s'impose pas; il illumine, mais il n’aveugle pas », écrit le pape François sur Twitter[8].

Dans son exhortation apostolique adressée aux jeunes, Christus vivit, il rappelle que nous sommes appelés à témoigner de l’Évangile au cœur des réalités terrestres par notre vie et notre parole. « Où nous envoie Jésus ? Il n’y a pas de frontières, il n’y a pas de limites : il nous envoie à tous. L’Évangile est pour tous et non pour quelques-uns » (no 177). 

Jésus nous invite à sortir de nous-mêmes et à nous tourner vers les autres pour bâtir la paix et la justice afin de rendre le monde plus humain, la terre plus habitable. Cette mission implique des renoncements, jusqu’au don total de notre vie, à la suite du Maître. « Vous serez alors mes témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8).

[1] Jacques Gauthier, « Ma vie comme mission », Univers, janvier-juin 2019, p. 9-11.

[2] Je présente soixante-trois figures de sainteté chrétienne dans mon livre Les saints, ces fous admirables, Novalis / Béatitudes, 2018. 

[3] Jacques Gauthier, Comment devenir saint ? Novalis, 2019, p. 25.

[4] Walter Kasper, La joie des chrétiens, Salvator, 2019, p. 252.

[5] Voir de Jean-Philippe Auger, Tous disciples-missionnaires, Novalis, 2017.

[6] Voir de Paul-André Durocher, Appelé par mon nom, envoyé en son NomCauseries sur l’Église en sortie. Novalis, 2019.

[7] Marie-Eugène de l’Enfant-Jésus, Je veux voir Dieu, Éd. du Carmel, 1957, p. 301.

[8] Tweet de @Pontifex_fr du 14 mai 2019.

Cet article est paru dans la revue Univers, Montréal, juillet-décembre 2019, p. 4-7. 

Nous préparons notre résurrection
Augmente en nous la foi!

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