Livre: Derniers fragments d'un long voyage

Les livres nous attendent. Nous pouvons les lire n'importe où et n'importe quand, même plusieurs années après leur parution. Ils n’ont pas de date de péremption. 

Christiane SingerMon épouse a lu récemment le livre de Christiane Singer, Derniers fragments d’un long voyage. (Albin Michel, 2007). Elle m’a dit : « Lis cela ! Tu vas aimer ». En effet, j’ai beaucoup aimé. Je connaissais déjà cette auteure d’une vingtaine de livres, femme de lumière et de paix, amoureuse de la langue française qu'elle maîtrisait d'une manière remarquable. Elle écrit : « Et si j’ai occupé dans la vie de certains une place lumineuse, le sens de l’aventure est désormais de le remplir vous-mêmes : soyez ce qu’en moi vous aimez » (p. 32).

Christiane Singer raconte les derniers moments de sa vie. Atteinte d’un cancer, le médecin lui confie qu’il ne lui reste plus que six mois à vivre. Ce livre est le carnet de bord de ses jours et de ses nuits. Elle tient ce journal comme on tend la main à un ami. On y entre avec pudeur comme dans un espace neuf, une saison verticale. Nous suivons son âme qui s’étale sur le papier : « Je m’accompagne partout où l’âme me mène » (p. 23).

Il y a une Christiane qui est plus que la maladie, la mort. La vie déborde de partout en elle, malgré les douleurs des traitements, les effets secondaires des médicaments. Heureusement, il y a le bienfait des soins palliatifs. Dès son enfance, elle a reçu le don de tout magnifier. Elle ne s’absente pas de cette mission d’émerveillement dans ses derniers fragments d’un long voyage, parsemés de rencontres et de partages, du frémissement des mots et des silences, de l’amour inconditionnel de l’époux et des enfants. Elle continue à faire de sa vie « un haut lieu d’expérimentation ». 

La maladie la décape, la dépouille, la dénude, mais « quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour ». On croirait entendre saint Jean de la Croix, et bien d’autres de ses amis mystiques, qu’elle évoque au détour de son aventure spirituelle. Croyante, l’auteure vibre en recevant l’hostie que le prêtre lui apporte, en accueillant des sages d’autres traditions. La méditation et la prière l’aident à traverser le long tunnel de la solitude, à ne jamais désespérer du monde et de Dieu. Elle veut qu'on écrive sur son faire-part : « J’ai tant aimé ce monde où habite Ta gloire » (p. 72)

Ce livre est un acte d’amour qu’elle nous partage dans la joie avant de partir, mieux, d’arriver. On ne retient pas de Christiane Singer la vie qui finit, mais l’autre qui va commencer pour elle. «  Tout est vie que je vive ou que je meure. Tout est Vie » (p. 83).

Cette maxime d’Aristote lui va à merveille : « Tu connaîtras la justesse de ton chemin à ce qu’il t’aura rendu heureux ». Ce livre léger et grave m’a rendu heureux. Il n’y a pas de date de péremption pour témoigner jusqu’au bout de la splendeur de cette vie.

« Mon Dieu, donne-moi accès à cette foi démesurée qui m’habite afin que je puisse témoigner, malgré tout, de la splendeur de cette vie » (p. 66).

Christiane Singer est décédée le 4 avril 2007. Elle est morte comme elle a vécu, dans l'acceptation.

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