La piété mariale n’a pas été aussi développée dans l’Antiquité chrétienne comme elle le sera plus tard, surtout après le Moyen Age. La première prière à Marie vient des Evangiles. C’est ce qu’on a appellé par la suite le « Je vous salue Marie ». Cette prière reprend les paroles de l’ange à Marie et quelques mots d’Elisabeth. 

Les premiers siècles

On retrouve dans la catacombe de Priscille à Rome l’image la plus ancienne de Marie (vers 115). La prière la plus antique qui nous soit parvenue est le Sub tuum: « Sous ta garde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas la prière de tes enfants en détresse, mais délivre-nous de tout danger, ô toujours vierge, glorieuse et bénie ». 

En 381, le concile de Nicée introduit dans le Credo cette formule en lien avec le Christ : « Il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Cyrille, évêque d’Alexandrie, mort en 444, a été le grand défenseur de la maternité divine de la Vierge Marie. Voici un extrait d’un hymne qui constitue le texte marial le plus célèbre de la fin de l’Antiquité, l’une des sources de ce qui deviendra les litanies de la Vierge : « Salut, Marie, mère de Dieu, trésor vénéré de tout l’univers, lumière qui ne s’éteint pas, couronne des vierges, sceptre de la sûre vérité, temple indestructible, demeure pour qui n’a pas de toit, Mère et Vierge. »

Le Moyen Age

À partir du XIe siècle, l’Occident va développer un culte spécifique à Marie. Saint Bernard en est la grande figure. (Voir les articles dans mon blogue). Lui et les cisterciens louent Marie comme médiatrice entre le Christ et les hommes. Leur piété est très sensible, mais toujours liée à l’humanité de Jésus. C’est probablement saint Bernard qui nomma Marie « Notre-Dame » et ajouta ces dernières paroles au Salve Regina : « O clémente, ô toute belle, ô douce Vierge Marie ». Il nomme Marie « l’étoile de la mer » : « Regarde l’étoile, appelle Marie. Dans les périls, les angoisses et les doutes, pense à Marie, invoque Marie. » 

Aux XIIIe siècle, les Franciscains et les Dominicains vont développer la piété à Marie. Les sanctuaires vont se multiplier. On attribue au franciscain Jacopone da Todi le poème liturgique Stabat Mater. Cette méditation sur les douleurs de Marie permet au chrétien de communier à l’écho que la Passion de Jésus a eu dans le cœur de sa mère. Ce poème inspirera bien des chefs-d’œuvre musicaux : « Debout, la Mère douloureuse / près de la croix était en larmes / devant son Fils suspendu ».

Les Dominicains, surtout Alain de la Roche, propagent la prière du Rosaire au XVe siècle. Les images, les prières et les scapulaires à Marie se multiplient. Le Souvenez-vous apparaît durant ce siècle et restera une prière chère aux catholiques.

 « Souvenez-vous, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance, réclamé votre secours, ait été abandonné. Animé d’une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je cours vers vous et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Mère du Verbe, ne méprisez pas mes prières, mais accueillez-les favorablement et daignez les exaucer. Amen. »

L’Angélus se développa aussi à cette époque. Pendant que sonne la cloche de l’église ou du monastère, le fidèle médite l’Incarnation du Christ en reprenant trois paroles de l’Évangile, intercalées de trois Ave Maria.

Marie Histoire

L’École française de spiritualité

Au XVIIe siècle, les grands spirituels de l’École française de spiritualité vont beaucoup parler de Marie et auront ainsi une influence en Nouvelle-France : Bérulle, Monsieur Olier, François de Sales, et surtout saint Jean Eudes, le premier qui célébrera une messe en l’honneur du Cœur de Marie, en 1648. Le fondateur de la congrégation de Jésus et Marie (Eudistes) parle d’honorer Jésus en Marie, et Marie en Jésus, car ce que le cœur de Jésus aime, le cœur de Marie l’aime aussi, dit-il. La dévotion à Marie nous ramène toujours au mystère de l’Incarnation, à ce lien intrinsèque de Jésus à sa mère :

« Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même elle n’est rien, mais son Fils Jésus est tout en elle : il est son être, sa vie, sa sainteté, sa gloire, sa puissance et sa grandeur » (Œuvres complètes du bienheureux Jean Eudes, volume I, p. 338).     

Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, né en 1673, demeure l’apôtre marial par excellence, et son influence sur Jean-Paul II sera déterminante. Le fondateur des Filles de la Sagesse et des Montfortains s’inscrit dans cette école française de spiritualité. Montfort a écrit quelques livres, dont le Traité de la vraie dévotion à la Vierge. Sa doctrine part d’une expérience vécue avant d’être une élaboration théologique. Pour lui, tout vient du Père et tout retourne au Père. Au coeur de ce trajet spirituel, il y a Marie, Mère de la Sagesse, qui conduit à Jésus, Sagesse incarnée, qui nous mène au Père. Marie, Mère de Dieu, devient le meilleur chemin pour aller au Christ. En accueillant Marie dans notre vie, le Christ se forme en nous. Marie, le Christ et l’Esprit nous introduisent au cœur même du mystère trinitaire qui est relation d’amour. Le secret est donc d’être tout à Marie qui est « le grand moule de Dieu ». Comment ? Par le « Saint Esclavage », répond Montfort ; c’est-à-dire en se consacrant tout entier à Jésus par Marie, en faisant toute chose en Marie. (Pour en savoir plus sur la spiritualité mariale de Grignion de Montfort, voir ma neuvaine à Marie dans ma chaîne YouTube).

Mère de l’Église

 Au XIXe siècle, Marie apparaît à plusieurs endroits, surtout en France. Ces apparitions sont reconnues par l’Église : rue du Bac à Paris, à la Salette, à Lourdes, à Pontmain… En 1854, Pie IX proclame le dogme de l’Immaculée Conception, et en 1950, Pie XII fait de même avec le dogme de l’Assomption. Des papes du XXe siècle institueront des années mariales.

Ce bref survol historique montre l’importance du culte marial dans l’Église. Il s’est développé grâce aux écrits des Pères de l’Église, des conciles et des saints. Les pères du concile Vatican II n’ont pas voulu laisser un décret sur Marie. Ils ont fait mieux en intégrant Marie au cœur même de l’Église; ce fut le chapitre huit de la Constitution dogmatique Lumen Gentium de 1964. Pour la première fois dans l’histoire, un concile montrait les rapports étroits entre l’Église et Marie, reconnue officiellement « Mère de l’Église » par Paul VI. Et l’on connaît la suite depuis  Jean-Paul II. Sa devise, adressée à Marie, était empruntée à Grignion de Montfort, Totus tuus (Tout à toi) . Il a consacré à Marie une encyclique en 1987, Mère du Rédempteur, dont le plan est construit à même les textes bibliques sur Marie et s’ouvre sur un accueil des autres églises chrétiennes.

La Préface de la messe en l’honneur de la Vierge Marie, Mère de l’Église, donne une bonne synthèse de sa place unique dans le mystère du salut et le culte chrétien. L’Église célèbre la Vierge Marie en adressant ainsi ses louanges au Père : 

« En accueillant ta Parole dans un cœur immaculé, elle a mérité de la concevoir dans son sein virginal. En donnant naissance à son Créateur, elle a préparé les commencements de l’Église. En recevant au pied de la Croix le testament d’amour de son Fils, elle a reçu pour fils tous les hommes que la mort du Christ a fait naître à la vie divine. Quand les Apôtres attendaient l’Esprit qui leur était promis, elle a joint sa supplication à celle des disciples, devenant ainsi le modèle de l’Église en prière. Élevée dans la gloire du ciel, elle accompagne et protège l’Église de son amour maternel dans sa marche vers la patrie jusqu’au jour de la venue glorieuse du Seigneur ».

Marie dans l'année liturgique

Marie est célébrée et priée tout au long des saisons de l’année liturgique, tant elle est inséparable du mystère de Jésus. Qui peut mieux nous conduire au Fils de Dieu et nous le faire connaître sinon la mère qui l’a porté, nourri, aimé comme nul autre?

Dès le 1er janvier, l’Église commence la nouvelle année en se tournant vers Marie, Mère de Dieu. Le 2 février, Marie et Joseph présentent Jésus au temple. Le 11 du même mois, on fait mémoire de Notre-Dame de Lourdes. Le 25 mars, c’est l’Annonciation. Normalement, la Semaine sainte a lieu en avril, et Jésus nous donne Marie comme mère, au pied de la Croix. Le mois de mai est traditionnellement consacré à Marie. Le lundi après la Pentecôte est consacré à Marie, Mère de l’Église. Le samedi de la 3e semaine après la Pentecôte, qui tombe presque toujours en juin, nous célébrons le Cœur immaculé de Marie, soit le lendemain de la fête du Sacré-Cœur. En juillet, deux fêtes sont liées à Marie : Notre-Dame du Mont Carmel le 16, et la mémoire de ses parents, Anne et Joachim, le 26. En août, c’est la solennité de l’Assomption le 15, et on fête Marie Reine le 22. Le 8 septembre, l’Église se remémore sa naissance, alors que le 15 nous invoquons Notre-Dame des Douleurs. Le mois d'octobre est aussi connu comme le mois du Rosaire. La Toussaint donne une place de choix à la Reine de tous les saints. Le 21 novembre, c’est la présentation de Marie au Temple. Puis, arrive l’Avent, où Marie est très présente avec Isaïe et Jean le Baptiste. Le 8 décembre, c’est la solennité de son Immaculée Conception et, le 25, la naissance de Jésus. Nous terminons l’année par la fête de la Sainte Famille. Signalons que des messes en l’honneur de la Vierge peuvent être célébrées tous les samedis quand l’Ordo liturgique le permet, c’est-à-dire s’il n’y a pas d’autres fêtes.

Cet article est le 3e entretien de la neuvaine à Marie que j'ai donnée au Sanctuaire Marie-Reine-des-Coeurs de Chertsey du 14 au 22 août 2021. Je parle aussi de saint Benard dans cet entretien) Suivre la neuvaine dans ma chaîne YouTube

Pour aller plus loin: Les saints, ces fous admirables (Béatitudes/Novalis)
Jésus raconté par ses proches (Novalis / Parole et Silence)

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Troisième entretien de la neuvaine donnée au Sanctuaire Marie-Reine-des-Coeurs de Chertsey: Marie dans l'histoire et la liturgie, et présentation de saint Bernard de Clairvaux.