N'ayez pas peur!

Le 22 avril 1978, Jean-Paul II inaugure son pontificat par cette injonction : « N’ayez pas peur ! Ouvrez toutes grandes les portes au Christ ». Benoît XVI reprend ces mots à la messe inaugurale de son pontificat, le 24 avril 2005 : « N’ayez pas peur du Christ! Il n’enlève rien et il donne tout ». Le pape François perpétue l’héritage de ces prédécesseurs ; il écrit dans son exhortation sur la sainteté Dans la joie et l’allégresse : « N’aie pas peur de la sainteté. Elle ne t’enlèvera pas les forces, ni la vie, ni la joie ». (no 32)

Soyez sans crainte

Cette triple interpellation des papes me rappelle cet extrait du chapitre 10 de l'Évangile de Matthieu. Par trois fois, Jésus invite ses disciples à ne pas céder à la peur : « Ne craignez donc pas ces gens-là […] Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme […] Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux » (Matthieu 10, 26. 28. 31).  

Au moment où Matthieu écrit son évangile, la communauté chrétienne est persécutée. Les disciples ont toutes les raisons d’avoir peur. En effet, se prononcer pour le Christ peut alors entraîner l’emprisonnement et la mort. Il y a donc un risque réel à se dire chrétien ou chrétienne. Matthieu invite donc ses destinataires à se tourner avec confiance vers Jésus, le crucifié, ressuscité d’entre les morts. Le disciple n’est pas au-dessus du Maître. 

Si nous nous réclamons du Christ, il faut nous attendre à être en butte à l’incompréhension, aux calomnies, voire aux persécutions. Mais nos craintes doivent alors céder le pas à la confiance, puisque le Père veut notre bonheur et notre salut en son Fils bien-aimé. Sa résurrection englobe la nôtre. Le disciple de Jésus ne prépare pas sa mort, mais sa résurrection. Il est destiné à le rejoindre au banquet éternel du Père.

Confiance priere

Oser la confiance

Le prophète Jérémie n’a pas laissé la peur l’envahir. Sa confiance se fortifiait au contact de la parole de Dieu qui était en lui comme un feu dévorant. Il a vaincu les obstacles en ne s’appuyant que sur Dieu : « Le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable » (Jérémie 20, 11). Il prend sa revanche en sauvant les faibles et les humiliés, en ne tolérant pas l’oppression et l’injustice. 

Dieu est intervenu en Jésus, le vainqueur du monde et de la mort. Pourquoi craindre de proclamer sa Bonne Nouvelle « sur les toits » (Matthieu 10, 27), dans un monde qui en a bien besoin ? Il est vrai qu’il faut de l’audace et du courage pour témoigner de notre foi aujourd’hui, pour nous déplacer vers les périphéries et les frontières, comme nous y invite le pape François : « [Dieu] nous conduit là où l’humanité est la plus blessée et là où les êtres humains, sous l’apparence de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher la réponse à la question du sens de la vie. Dieu n’a pas peur ! » (Dans la joie et l’allégresse no 135) 

Jésus nous invite à pas trop penser aux peurs qui paralysent, mais à nous abandonner en toute confiance entre les mains du Père. Il nous en a donné l’exemple sur la croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Luc 23, 46). Cette parole a inspiré la belle prière d'abandon de Charles de Foucauld, qui sera canonisé: "Mon Père, je m'abandonne à toi". 

Sommes-nous prêts à aller jusqu’à cet abandon filial ? Offrons au Dieu d’amour toutes nos peurs, qui sont à apprivoiser, et qui sont des signes de notre fragilité d’être : peur d'être abandonné, de déranger, de souffrir, de mourir… « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’Amour » (Thérèse de Lisieux).

Prière

C’est tout un défi, Seigneur, 
de nous réclamer de toi devant les hommes,
de proclamer ton nom sur les toits par notre vie, 
de témoigner de l’Évangile avec respect et vérité,
malgré l’indifférence des uns et les préjugés des autres. 
Donne-nous la force et le courage de persévérer. 
 
Tu nous invites à ne pas craindre les persécutions,
puisque tu es passé par cette voie étroite.
Nous ne sommes pas au-dessus de toi. 
On t’a tourné le dos, on nous méprisera aussi,
mais fais en sorte que nous ne te renions jamais,
en mettant notre foi en ta miséricorde.
 
Devant l’hostilité et la suffisance du monde, 
tu nous invites à quitter la peur stérile 
pour oser la confiance envers notre Père. 
Rassure-nous dans nos engagements et nos paroles 
quand nous craignons d’avancer au large.
Bénis toutes les personnes qui ne pensent pas comme nous.

 

Publié dans Prions en Église Canada, 21 juin 2020, p. 32-34.

Pour aller plus loin: Jésus raconté par ses proches (Novalis / Parole et Silence) 
Devenir saint (Emmanuel /Novalis).

Vidéo de 13 minutes de ma chaîne YouTube, ajoutée le 21 juin 2020.

Prière eucharistique à l'auberge pascale
Comment je vis ma foi?

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