Recension du livre sur le père Henri Caffarel

Je vous partage une recension de mon livre Henri Caffarel, maître d'oraison (Cerf), parue dans le bulletin de spiritualité monastique de la revue Collectanea Cisterciensia 80, 2018/1, p. 100-101, abbaye de Scourmont, Belgique. Elle est écrite par Léonard Appel. Après des études d’histoire de l’art, il a été membre pendant vingt-cinq ans de la Communauté de Taizé. Il a fondé ensuite, avec Marie Milis, à Bruxelles, Initiations, un lieu de recherche, de conférences et de réflexion.

Caffarel 36kMaître d’oraison, le titre peut choquer, alors que « Maître » est utilisé ici pour dire pédagogue et inventeur de pratiques nouvelles (les nuits d’adoration où les volontaires se succèdent chaque heure ; la place des postures du corps dans la prière ; les séminaires de prière pendant 6 jours, etc.). Pour l’abbé Henri Caffarel (1903-1996), la prière est une science et un art qui s’apprend.

Avant de se consacrer totalement à cette pédagogie, l’abbé a fondé, pour les couples, les Équipes Notre-Dame. Un peu comme François de Sales, il appelle à une vie dévote dans les foyers, considérés comme « une petite Église ». Pendant une trentaine d’années, il met en lumière une sainteté laïque. « S’asseoir devant son conjoint ou conjointe : le regarder, l’écouter, lui parler, l’aimer. S’asseoir devant Dieu : le regarder, l’écouter, lui parler, l’aimer. Aventure mystique du couple liée au cœur par une alliance qui s’épanouit dans l’aventure de l’oraison » (p. 33). Association de fidèles, le mouvement des Équipes a connu un grand rayonnement.

À partir de 1973, il crée une oasis de silence, à Troussures, près de Paris, où les foyers affluent pour suivre des « Semaines de prière ».

Pour lui, l’oraison n’est pas une théorie, mais un échange d’amour, l’expérience de Dieu au plus intime du cœur : « Pourquoi vous fatiguer à poursuivre Dieu comme s’il était extérieur à vous ? Il est en vous, au cœur de votre être. Présent, vivant, aimant, actif. Là Il vous appelle » (p. 38). « La prière est une affaire de cœur, ce qui est le plus intime en moi-même, la grotte où je peux me retirer. Mon cœur, c’est le cordon ombilical qui me relie à Dieu » (p. 43).

L’abbé voit les effets de l’oraison contemplative ainsi : « L’attention à Dieu dans l’oraison change peu à peu le regard du chrétien. Il voit autrement les choses, les hommes, les événements. Il sait entrevoir “la flamme des choses” comme disent les chrétiens d’Orient ; en tout homme il reconnaît l’icône du Christ ; et dans les événements il apprend à déchiffrer ce que Dieu veut lui dire » (p. 74).

Henri Caffarel a dû faire face à l’émergence du Renouveau charismatique, dont l’expression ne lui a pas été naturelle. Il a constaté également un engouement certain pour la méditation venant de traditions orientales. Il se demandait pourquoi les gens ne puisaient pas dans la tradition chrétienne si riche. A-t-il perçu combien le surplus doctrinal qu’elle implique peut paraître trop dogmatique et trop construit ou trop lointain, trop mental ? Certains textes (comme celui qu’il propose à Troussures à ses retraitants, p. 58-60) peuvent donner l’impression d’un Dieu trop anthropomorphe et d’un humain trop enfantin.

Pour vivre la folie d’insécurité qu’est la foi, ne faut-il pas garder une once de sauvagerie, à la fois dans l’image que nous nous faisons de Dieu et dans les réverbérations de notre cœur, telles que nous les devinons chez les Pères du désert ou les starets de Russie ? Ce résiduel sauvage de l’insaisissable nous fait échapper à l’ordonnancement d’une prière maîtrisée ainsi qu’à nos hypocrisies d’Occidentaux. On en entend l’écho quelquefois chez l’abbé, tout d’un coup radical, quand il dit audacieusement : « J’attribue vraiment tout à la prière dans ma vie » ou quand il s’écrie à la Mutualité à Paris : « Prier ou périr ! »

Sur le chemin vers cet engagement dévorant, il donne aux débutants que nous sommes, des conseils pour vivre l’oraison, détaillés dans les pages 79-102 : Il s’agit de vouloir prier : le je veux de l’oraison ; Savoir durer, en étant toujours des « recommençants » dans cet art de la prière intérieure ; Engager la relation Je-Tu, « prenez conscience, je ne dis pas de la présence de Dieu, mais du Dieu présent » ; Habiter son corps, « le corps doit être l’ostensoir de l’âme priante » ; puis surtout « Rejoindre la prière vivante que Jésus continue à adresser à son Père au plus profond de notre cœur » (p. 97).

L’abbé Caffarel n’a pas trouvé de successeur. Puis le paysage a tellement changé en ce XXIe siècle. Que d’autres pédagogues se lèvent !

Quant à Jacques Gauthier, l’auteur de cette présentation, il sait presque – c’est un compliment – se faire oublier, tant il est vrai que le lecteur le suit de page en page sans rencontrer de lourdeurs, prouvant ainsi être pédagogue à son tour. Il écrit en méditant, et en reliant la pensée de l’abbé aux magnifiques traditions cisterciennes, des deux Thérèse, de Jean de la Croix, et par-dessus tout aux textes bibliques. Il vous donne envie, l’air de rien, de marcher vous-même sur les boulevards de l’oraison.

Léonard Appel, Bruxelles 

École de prière (68) Le combat spirituel
École de prière (67) Prier avec amour

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