Le blogue de Jacques Gauthier

Vouloir aimer avec Charles de Foucauld

Y a-t-il quelque chose de plus important dans l’existence que l’amour ? Cette source de lumière et de tendresse se répand très tôt dans la vie. Un enfant manque d’amour, il le cherchera toute sa vie. 

Charles de Foucauld a été tourmenté par une immense soif d’aimer et d’être aimé, peut-être parce qu’il fut privé d’amour très jeune à la mort de ses parents. C’était une blessure en lui que ni l’argent et les filles, ni les amis et les fêtes ne pouvait cicatriser.

L’amour de Dieu

L’important est d’aimer, et il n’est jamais trop tard pour Dieu. Il a fallu que Foucauld remonte à la source et à la beauté de tout amour, Dieu, et le rencontrer dans sa miséricorde pour accélérer sa guérison. Le Christ l’a comblé si profondément qu’il a délaissé pour toujours les plaisirs futiles. Saint Bernard écrivait : « Il n’existe rien parmi les choses créées qui puisse combler la créature faite à l’image de Dieu, sinon l’amour qui est Dieu » (Sermon sur le Cantique 18, 6). 

Quand l’amour de Dieu nous emporte, on ne demande pas où il va, on le suit. Frère Charles l’a suivi en lui donnant tout. Telle a été sa vocation, qu’il a reçue comme un bonheur. Il s’est rendu compte que la mesure d’amour que nous donnons est la mesure de bonheur que nous recevons. Il ne cessera de rendre grâce au Père d’avoir donné à l’être humain le privilège d’aimer. Cette parole de Jésus le marquera au cœur : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40).  

Foucauld Nazareth

Imiter Jésus

Sa vocation lui sera donnée progressivement après sa conversion à vingt-huit ans. Il décidera alors de ne vivre que pour Jésus, de l’aimer et de l’imiter dans sa vie cachée, sans rien chercher en retour. Cinq mois avant sa mort, il écrit à Louis Massignon : « L’amour consiste non à sentir qu’on aime, mais à vouloir aimer, quand on veut aimer, on aime, quand on veut aimer par-dessus tout, on aime par-dessus tout. »

Au matin du 1er décembre 1916, Il exprime la même certitude dans sa dernière lettre à sa cousine, Marie de Bondy, quelques heures avant d’être assassiné à Tamanrasset : « On sent qu’on souffre, on ne sent pas toujours qu’on aime et c’est une grande souffrance de plus! mais on sait qu’on voudrait aimer, et vouloir aimer c’est aimer. » 

 Saint Augustin écrivait à propos de la prière : « Tu désires prier, tu pries déjà. » Pour Foucauld, vouloir aimer, c’est déjà aimer. Ce désir vient de Dieu qui met sa grâce en l’âme, la rendant digne et capable de son amour. Elle a faim de Dieu et ne veut que la perfection de son amour pour mieux l’aimer en retour et l’aimer dans les autres, d’où la célèbre maxime de saint Jean de la Croix : « Au soir de la vie, on t’interrogera sur l’amour ». 

Revenir à l'Évangile

Pour Charles, revenir à l’Évangile consiste à laisser vivre Jésus en lui, comme il a vécu à Nazareth, dans un petit village, avec Marie et Joseph. Une vie familiale toute simple, faite de prière et de travail, dans l’humilité et la charité fraternelle. Plus il médite l’Évangile, plus il trouve en Jésus la présence capable de combler son immense capacité d’amour, au-delà de tout sentimentalisme. Il saisit jusqu’à quel point Jésus est présent dans sa parole comme il l’est d’une autre façon dans l’eucharistie. Posséder Jésus est sa seule richesse, être aimé de Jésus est son seul bonheur. Il écrit sur un feuillet illustrant sa devise, Jesus Caritas : « Peut-il être délaissé, celui qui possède Jésus et est aimé de Jésus ? »

L’abbé Huvelin révèle à son dirigé que Nazareth est une question d’attitude intérieure envers Jésus, une ouverture de cœur aux besoins des gens qui nous entourent. Ainsi, Nazareth se trouve là où l’on travaille avec Jésus dans l’amour, l’humilité, la pauvreté, la simplicité. Charles comprend que Nazareth est d’abord une manière de vivre, un état d’esprit, où l’on s’adapte aux circonstances de la vie, en communion avec le Christ qui s’est fait tout à tous. Contrairement aux pharisiens, il n’a pas recherché la première place, mais il a fait le bien partout où il est passé.

La vie à Nazareth est celle où Jésus ne prêche pas. Il travaille humblement et se prépare à sa mission. Il n’y a aucune compétition ni course à la performance. L’extraordinaire se trouve dans l’ordinaire, l’éternel dans l’aujourd’hui, la sainteté dans ce qui est pleinement humain. Nazareth, c’est l’anti-pouvoir, l’anti-richesse, l’anti-orgueil. La spiritualité de Nazareth est celle de l’accueil, de l’amour, de l’entraide, du respect, du partage. Une spiritualité domestique à la portée de tous, où l’essentiel se résume à être présent à Dieu et aux hommes dans l’amour.

Frère Charles de Jésus était un homme concret qui ne négligeait pas ses engagements. S’il a fait du désert son cloître, le prochain à accueillir et à aimer était sa clôture. Il n’était pas un ermite comme les autres, mais une sorte de moine missionnaire chez les Touaregs. D’un tempérament entier, il aidait les pauvres avec qui il vivait, se laissant même aider par eux lorsque la maladie le frappera. Car aimer, c’est aussi se laisser aimer. Le 22 juillet 1905, il écrivait dans son Journal : « Ta vie de Nazareth peut se mener partout : mène-la au lieu le plus utile pour le prochain. »

(Article du troisième entretien de la retraite avec Charles de Foucauld)

Pour aller plus loin: Saint Charles de Foucauld, passionné de Dieu (Emmanuel/Novalis).
Lire les autres articles sur Charles de Foucauld dans mon blogue.

Troisième vidéo de 30 minutes de la retraite avec Charles de Foucauld dans ma chaîne YouTube: Aimer et imiter Jésus à Nazareth.

 

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