Le blogue de Jacques Gauthier

Adoration eucharistique et désert avec Charles de Foucauld

La prière de frère Charles culmine dans l'adoration eucharistique, source et sommet de sa vie. Au moment de sa conversion, l’abbé Huvelin l’invite à communier tout de suite après qu’il a reçu le sacrement du pardon. Il trouve enfin la Présence qui peut combler sa soif infinie d’amour. « L’Eucharistie, c’est Dieu avec nous, c’est Dieu en nous, c’est Dieu se donnant perpétuellement à nous, à aimer, adorer, embrasser et posséder[1]. » Il découvre dans l’hostie l’un des modes de présence de Dieu le plus concret, le plus palpable, le plus lumineux. « Quand on voit la sainte Hostie, que dire sinon que la nuit de cette vie a perdu ses ténèbres[2]? »

L’adoration eucharistique se situe dans le prolongement du mystère eucharistique, « sommet auquel tend l’action de l’Église et en même temps la source d’où découle toute sa vertu[3] ». Célébration de l’Eucharistie et adoration ne s’excluent pas, mais se complètent mutuellement. Pour Charles, l’adoration est un acte d’amour qui découle de la communion reçue. « L’adoration du Saint-Sacrement est le repos, le rafraîchissement, la joie », écrit-il à sa cousine Marie de Bondy, le 19 janvier 1903. Il rend à Dieu ce qui appartient à Dieu en lui offrant tout ce qu’il est.

Foucauld Desert

Se laisser regarder par le Christ

Pour Charles, regarder le Christ présent sous le mode sacramentel dans l’hostie consacrée, c’est aussi se laisser regarder par lui. Il le voit aussi pleinement qu’il était à Nazareth, avec ses parents, ses apôtres. Il regarde son frère aîné dans la foi et il se fond en lui dans une unification toujours plus parfaite.

Mon Dieu, je vous adore, Vous êtes en moi. Vous en qui je suis plongé comme une petite éponge dans un océan sans bornes, océan de perfection, de beauté, de bonheur, d’amour, de sainteté divine qui me pénètre, qui me remplit et qui m’enveloppe. Je vous adore, ô Dieu de mon cœur, qui êtes en moi ! et en qui je suis[1].

La prière n’est pas autre chose pour lui que ce regard d’amour jeté vers le Christ, en tête à tête, durant les heures de la nuit, pendant que tout dort sur la terre. Il se tient à genoux, les mains jointes, comme le rapporte le père trappiste Raphaël, qui fut deux ans son confesseur au prieuré d’Akbès. Quelques mois après sa mort, il écrit :

Son amour pour la Très Sainte Vierge, pour saint Joseph et surtout pour la Sainte Eucharistie, édifiait toute la communauté. Que de nuits entières, avec ma permission, il a passées en adoration devant le Très saint sacrement, à s’entretenir avec son bien aimé Jésus, toujours à genoux et les mains jointes comme le saint Curé d’Ars ! Bien souvent, le voyant dans cette posture si recueillie, le visage rayonnant d’une douce joie, je me demandais s’il n’était pas en extase[2].

 

Pourtant, sa prière n’était pas toujours de tout repos. Elle lui brûlait souvent le cœur. Même lorsque Dieu semblait se taire, il parlait encore plus fort par ce silence. Charles expérimentait, à l’exemple des mystiques, la privation de tout goût dans la prière, livrant un combat intérieur contre les ténèbres, la sécheresse, l’ennui, le sommeil, le découragement. Dans sa prière aride du désert, il portait sa croix avec Jésus, n’ayant que la parole de Dieu comme nourriture pour lutter contre les mirages. Il écrit à l’abbé Huvelin le 22 octobre 1889 :

Devant le Saint-Sacrement je ne puis parfois faire longtemps oraison. Mon état est étrange : tout me paraît vide, creux, nul sans mesure, excepté le désir de me tenir à ses pieds, et lorsque je suis à ses pieds, je suis sec, aride, sans un mot ni une pensée, et souvent hélas, je finis par m’endormir. Je lis par raison, mais tout me paraît creux… Si au moins je sentais que Jésus m’aime, mais il ne me le dit jamais.

 

Ce n’est pas le moindre apport de frère Charles que d’avoir montré l’importance de l’adoration eucharistique dans le désert de notre monde. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus l’ostensoir exposé sur les autels du monde, non seulement dans les communautés nouvelles et les lieux de pèlerinage, mais dans de simples chapelles d’adoration perpétuelle, issues des paroisses et des diocèses. L’adoration construit l’unité dans le cœur de la personne, de la communauté, de la paroisse, de l’Église[3]. Elle porte le monde dans une prière d’intercession ininterrompue comme une chaîne d’amour autour de la terre.

Prier au désert

En 1905, Charles de Foucauld descend encore plus au sud, à Tamanrasset, pour servir le Seigneur chez les Touaregs. Les gens du désert l’intéressent plus que le désert lui-même. Par la relation d’amitié qu’il établit avec eux, il en fait des frères et des sœurs. Il se réfugie dans son petit ermitage, lieu de renaissance et de rédemption, pour prolonger le cœur-à-cœur avec le Bien-Aimé.

Son adoration s’élève avec foi vers Dieu, dans la vastitude du désert saharien, lieu du mystère et de la contemplation. Il porte ce désert dans sa chair, comme d’autres portent la forêt et la mer. Immensité des paysages qui ramènent à l’essentiel de ce que nous sommes tout en nous dégageant de nous-mêmes. Sa prière d’action de grâce se nourrit à la beauté de ces lieux, pâles reflets de la beauté incréée.

L'expérience du désert

Le terme « désert » est utilisé ici dans une triple acception : l’aspect désertique comme le Sahara, les temps de désert dans la solitude, les retraites spirituelles vécues en silence. Dans sa règle de vie, frère Charles insiste sur les séjours au désert. Ce peut être une journée, une semaine ou plus, dans un ermitage, un centre de prière, où l’on est seul avec Dieu seul. C’est un temps d’être, de repos, en compagnie de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Matthieu 11, 28). L’essentiel est mis sur le dépouillement du cœur et l’attente silencieuse de Dieu dans l’oraison. Cette traversée du désert se fait parfois sans désir, sans appétit et sans lumière. Reste la foi nue.

La retraite spirituelle, qui dure normalement une semaine, se vit avec d’autres et a pour but de renouveler la foi et l’espérance par des enseignements, des offices liturgiques, l’accompagnement spirituel, la prière personnelle et communautaire. Durant ce ressourcement, le silence soude mystérieusement les retraitants entre eux. Il se dessine une fraternité du cœur, où Dieu visite l’âme dans ce désert habité par son peuple, par l’Église.

Frère Charles signale deux attitudes intérieures à vivre dans ces temps de désert : l’humilité du cœur où l’on ne s’appuie que sur Dieu, la pauvreté intérieure où nous acceptons tout ce que Dieu veut. Il est là, avec nous, dans le Christ, qui nous guide sur le chemin de la sainteté.

Aujourd’hui, le défi est grand, pour les gens aux horaires surchargés, de se donner des temps de désert, de s’arracher au train-train quotidien, de se livrer à l’oraison quotidienne et à la prière d’intercession. Alors, ce désert peut être le coin prière à la maison, le moment d’adoration à l’église, le week-end dans un monastère, la louange dans un groupe de prière, le temps de ressourcement dans un centre spirituel, la randonnée dans la nature.

[1] Voir Jacques Gauthier, Devenir saint, Paris/Montréal, Emmanuel/Novalis, 2020.

[1] Ibid., p. 40.

[2] Charles de Foucauld, Cette chère dernière place. Lettres à mes frères de la Trappe, Paris, Cerf, 2011, p. 410.

[3] Je propose douze conseils pour l’adoration eucharistique dans Jacques Gauthier, La Prière chrétienne. Guide pratique, Paris, Presses de la Renaissance, 2016, 192-206.

[1] Charles de Foucauld, Œuvres spirituellesop. cit., p. 604.

[2] Charles de Foucauld. Une pensée par jourop. cit, p. 64.

[3] Vatican II, Constitution sur la sainte liturgie, n. 10.

Pour aller plus loin: Saint Charles de Foucauld, passionné de Dieu (Emmanuel/Novalis).

Lire les articles sur Charles de Foucauld dans mon blogue, cliquez ici.

Septième vidéo de ma retraite avec Charles de Foucauld dans ma chaîne YouTube sur l'adoration eucharistique et l'expérience du désert:

La prière d’abandon de Charles de Foucauld
Vouloir aimer avec Charles de Foucauld

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samedi 26 novembre 2022

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