Le blogue de Jacques Gauthier

Mon premier gros livre

Est-ce le jour de ma confirmation, ou la nuit même de Noël que je reçois en cadeau de mes parents un livre de messe, mon premier gros livre, écrit en latin et en français? Il est beau à voir et doux au toucher, tout habillé de cuir, avec de petits rubans fixés à la tranchefile pour marquer les pages. Un médaillon ovale, incrusté dans le cuir de la couverture, représente Jésus couronné d’épines. Au verso, le médaillon de la douce Marie atténue la souffrance de son Fils.

Je regarde souvent les médaillons de mon missel, le soir avant de m’endormir, à côté de mes cartes de joueurs de hockey. Mon gros missel me fait rêver. J’aime son odeur de sous-bois lorsque je l’ouvre, comme s’il y avait plein de vent dedans. C’est là que me vient l’habitude de sentir les livres, d’y enfoncer le nez entre les pages pour humer l’odeur de l’encre et l’air du temps.

Jacques 7 ans 1ere communion

Mon penchant pour les livres, la poésie et la prière vient probablement du missel de mon enfance. Ce livre pour moi est saint et stimule mon imagination. Il m’ouvre un espace de liberté, l’infini d’une parole. Sa voix me parle de vignes et de puits, de figuiers et de poissons, de pain et de vin. Mon livre de messe m’ouvre le cœur au parfum des psaumes, au souffle d’Isaïe, aux « oui » de Marie et de Joseph, aux paraboles de Jésus, aux récits de sa naissance à Bethléem jusqu’à sa mort à Jérusalem et à sa résurrection.

La musique du silence

Les mots ont besoin du silence pour se dire. Il est souvent assis à notre porte et nous ne le voyons pas. C’est l’ami des solitaires et des poètes, des amoureux et des saints, qui se jettent à corps perdu dans ses bras. Son souffle déploie les ailes de la parole, accompagne la lecture, soutient l’oraison, remplit le vide.

La parole authentique naît du silence et y retourne aussitôt. Silence d’aube à l’affût de la présence, silence de la prière qui veut durer comme le souffle, silence nocturne de Noël et de la Résurrection. Silence, « berceau de Dieu », disait le mystique suisse Maurice Zundel, où l’on naît à soi-même et où on laisse l’autre exister. La musique divine du silence manque tellement à notre monde obnubilé par les écrans. Il faut parfois éteindre nos appareils pour entendre sa voix.

De mon premier livre à mon autobiographie spirituelle, c’est toujours cette parole silencieuse qui me cherche, cette présence secrète qui me travaille en profondeur. Parole en écho au Verbe fait chair, silence que je veux le plus amoureux possible. Amour fragile, conjugué à tous les temps et en tout lieu. Amour éternel de Marie et des saints, si près de nous en ce temps de l’Avent qui nous prépare au miracle de Noël, la venue de l’Emmanuel, Dieu-avec-nous.

Extrait de mon autobiographie spirituelle, En sa présence, Artège/Novalis, 2022, p. 29-30.
Article paru en partie dans Le Messager de Saint Antoine, Lac-Bouchette, décembre 2022, p. 21.

Pour lire les autres articles du blogue sur Noël: cliquez ici.

Voir aussi ma vidéo du 4 novembre 2020, dans ma chaîne YouTube.

Noël: le ciel sur la terre
Quand prière et poésie s'embrassent

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mercredi 1 février 2023

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