Le blogue de Jacques Gauthier

Récit d’une nouvelle naissance

2 juin 2022: 50e anniversaire de ma rencontre du Christ. Ce que j'ai appelé ma "conversion" a été pour moi une nouvelle naissance. Je relate cet événement phare dans un chapitre de mon autobiographie spirituelle En sa présence, où je relève les traces de Dieu dans ma vie. Ce livre de 335 pages, avec des photos à l'intérieur, paraîtra le 14 septembre 2022 en France aux éditions Artège et au Canada chez Novalis. Voici un large extrait de ce chapitre.

En sa presence Artege

Le 2 juin 1972, je pars sur le pouce avec mon ami Réjean pour l’État doré, chanté par Julien Clerc, Maxime Le Forestier, Robert Charlebois, The Mamas & The Papas. J’espère y rencontrer des Jesus people que j’ai vus à la télévision dans un reportage sur San Francisco, ville emblématique de la contre-culture. Tôt le matin, mon père me dit : « Tu cherches beaucoup ! » Je ne sais pas trop quoi répondre, car je vois bien que tout ce que je vis le dépasse. Il y a beaucoup de tendresse et de vérité dans ses mots sobres qui m’atteignent au cœur. (Mon père est décédé un 2 juin, en 2018, à l'hôpital, pendant que je disais le Notre Père près de son oreille, comme si je l'enfantais à sa nouvelle naissance).

De Montréal, un couple nous embarque jusqu’à Plattsburgh. De là, il faut faire attention, car l’auto-stop est interdit dans cet État de New York. On prend le risque. Deux policiers nous arrêtent. Avant d’embarquer dans l’auto-patrouille qui nous ramène à la frontière canadienne, j’ai le temps de jeter mes deux joints de marijuana. Je me sens comme une brebis perdue à la recherche du bon pasteur. Nous pensions aller en Gaspésie, et de là nous rendre au Maine, mais nous sommes immobilisés sur l’autoroute. Je répète toujours la même prière dans mon cœur inquiet : « Dieu, si tu existes, révèle-toi à moi. »

Nous arrivons le soir à Drummondville. Nous demandons à des policiers l’autorisation de coucher au poste de police. Ils nous dirigent plutôt vers une communauté de jeunes : Les apôtres de Jésus par Marie. La camionnette dans la cour est tapissée d’images des cœurs de Jésus et de Marie. À la porte de la maison, un crucifix; à l’intérieur, des images de la Sainte Famille. L’ambiance est très affective, on nous embrasse comme si nous étions de la famille. « Salut, petit frère », me disent-ils. Ça fait bizarre, mais il y a tant d’amour. Le Renouveau charismatique en est à ses débuts au Québec et ce groupe-là s’inscrit dans cette mouvance de ferveur et d’évangélisation. D’autres communautés en France naîtront quasiment en même temps : les Béatitudes, l’Emmanuel, le Chemin neuf, le Verbe de vie.

Nous sommes là pour la nuit, en espérant repartir le lendemain pour la Californie. Ils sont une trentaine, d'environ 20 ans, à vivre dans cette maison. Les gars ont les cheveux longs et portent des croix et chapelets au cou, les filles des jupes qui touchent à terre. Ça ressemble à une « commune », comme il y en a tant à cette époque du Flower Power. On dirait les Jesus people vus à la télévision, en moins exotique qu’à San Francisco, mais ici, au Québec.

Je demande quelque chose à manger, ça tarde à venir, à tel point que je pense m’en aller. On nous parle de Dieu avec enthousiasme et simplicité, mais je reste sur la défensive. Comme dit le proverbe : « Ventre affamé n’a point d’oreilles. » Je murmure à mon ami : « Comment peuvent-ils parler de Jésus et ne pas nourrir ceux qui ont faim ? » Heureusement, le beurre d’arachide arrive sur la table avec le pain.

On nous invite à la prière avant d’aller dormir. Après quelques chants religieux, nous récitons trois Je vous salue Marie. Au premier, je souris. Au second, je prie. Au troisième, je pleure. Le reste appartient à l’Esprit Saint. Des jeunes continuent à nous parler de Dieu et à répondre à mes questions. Son amour me brûle de l’intérieur, feu divin qui se répand jusque dans mes derniers retranchements. L’Esprit fond sur moi comme sur sa proie; il n’y a que lui pour me dire que je suis digne d’être aimé. Je bascule dans la fête d’un Dieu qui prend sa joie en moi, comme avec l’enfant prodigue

J’ai retrouvé le Dieu de mon enfance ; ce Dieu « sensible au cœur », disait Pascal. Il s’était converti au Christ le 23 novembre 1654; nuit de feu qu’il raconte en quelques mots dans son célèbre Mémorial : « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants. Certitude, certitude, sentiment, joie, paix. Dieu de Jésus Christ [...]. Joie, joie, joie, pleurs de joie. »

Trois Ave ont été suffisants pour vaincre mes résistances, pour célébrer mes retrouvailles avec le Fils et sa mère. La digue des larmes cède sous le poids de la grâce. Je ne cherche pas à me cacher, à fuir, ni à comprendre ce qui m’arrive. Je ne dis rien, je me laisse dire, rejoindre, envahir par un amour enflammé, implacable, invincible. « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi » (Jr 20,7). Je m’élève vers « Notre Père » avec force. Quelle douce violence ! « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu’à présent, le royaume des Cieux subit la violence, et des violents cherchent à s’en emparer » (Mt 11,12).

De quoi avais-je manqué depuis tant d’années d’errance, si ce n’est de Dieu? Il avait ravivé la blessure de sa présence au tréfonds de l’être et me guérissait en même temps. Il m’a cherché beaucoup plus que je ne l’ai cherché, moi qui suis créé à son image et à sa ressemblance. J’expérimente dans ma chair la chaleur de son amour. Il me prie maintenant de me laisser aimer, d’accueillir le trop-plein de son amour brûlant, comme il l’a fait avec les pèlerins d’Emmaüs. Le passé est consumé dans sa miséricorde, le futur appartient à sa providence, le présent se vit désormais dans sa présence. Lui seul, le Verbe de vie, peut me donner la vie en abondance ; lui seul peut canaliser mon énergie débordante.

Je ne sors pas indemne de cette rencontre personnelle avec le Christ qui m’a mis au monde une nouvelle fois. Tout mon être est ébranlé par la révélation de son amour inconditionnel. Je reviens chez moi, chez Dieu, après tant de vagabondages spirituels. Il m’aime au-delà de ce que j’ai fait et de ce que je n’ai pas fait. Désormais, ma vie sera intimement liée à sa grâce qui élargit mon horizon, l’orientant vers un nouveau printemps [...]

Cinquante ans plus tard, le souvenir de cet événement fondateur est aussi vif dans mon esprit. Il y a eu un avant et un après 2 juin 1972, un point de départ et non d’arrivée. Je ne me suis pas bercé d’illusions, je n’ai pas nagé en plein délire mystique, non, j’ai tout simplement retrouvé la joie, qui est la couleur de Dieu, l’essence même du christianisme avec l’amour. J’ai vécu une véritable résurrection qui dure encore.

J’ai été touché à la fine pointe de l’âme par l’amour du Fils et de Marie, brûlé au cœur par leur miséricorde, laissant une cicatrice profonde qui ne s’est pas refermée. Il faut maintenant entretenir le feu.

Extrait de En sa présence. Autobiographie spirituelle. Paris / Montréal, Artège / Novalis, p 57-62. À paraître le 14 septembre 2022.

Je serai en France du 19 septembre au 5 octobre pour la promotion du livre: conférences, rencontres, interviews.
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Lire aussi cet autre article du blogue du 1er juin 2014: 2 juin, ma rencontre du Christ.

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samedi 26 novembre 2022

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