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Le blogue de Jacques Gauthier

Se retirer au désert

Dans la Bible, le désert n’est pas un lieu où l’on vit en permanence. On le traverse, sans s’y installer trop longtemps. Le peuple hébreu, guidé par Moïse, parcourt le désert pendant quarante années avant d’entrer dans la terre promise. Jésus, poussé par l’Esprit, « fut conduit au désert […] pour être tenté par le diable » (Matthieu 4, 1). Il jeûne quarante jours et quarante nuits avant de commencer sa prédication de la venue du royaume de Dieu. C'est de là que vient le mot "carême", en latin quaresima, qui signifie quarante.

Desert careme

Le désert de l’âme

Nous sommes ici-bas « des étrangers et des voyageurs […] « à la recherche d’une patrie » (Hébreux 11, 13-14). Le désert nous révèle que le voyage est intérieur et qu’il sera aride. Nous avons à passer de la tête au cœur, des prières à LA prière. Nous nous ouvrons à l'Esprit qui annonce au désert l'aurore pascale, comme l'écrit le poète Patrice de La Tour du Pin dans son hymne de Carême, Venez au jour: "Passent les temps! Passe la chair! / L'Esprit de Dieu souffle au désert, / Annonçant l'aurore pascale!"

Le désert est le lieu de la tentation et de l’épreuve, du jeûne et de la sécheresse. Il est aussi le lieu où Dieu donne la manne et où il se révèle comme un amoureux : « Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur » (Osée 2, 16). 

Le désert ne livre son secret que lorsque la chair qui en souffre est devenue brûlure, cri, prière ; une prière de recueillement qui laisse la place au silence plus qu’aux formules, une prière de vie qui est un chemin à parcourir plus qu’un rite à accomplir. À quoi bon sortir du désert d’Égypte si nous refusons celui que Dieu veut établir en notre âme quand il vient investir notre prière de son souffle ardent? Ce désert, c’est Dieu lui-même, présent au cœur d’un silence illimité. Il nous échappe sans cesse, nous ne pouvons que le désirer, l’effleurer. Que de déserts avant d’apercevoir la source ! 

Le terme « désert » peut être utilisé ici dans une triple acception : l’aspect désertique comme le Sahara, les temps de désert dans la solitude, les retraites spirituelles vécues en silence.  Le désert physique suscite chez plusieurs une grande attirance. Pour saint Charles de Foucauld, par exemple, la nudité du désert, porteuse d’une charge symbolique puissante, l’ouvre tout naturellement à la dimension transcendante de son être. Le 19 mai 1898, il écrivait: 

 "Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu ; c’est là qu’on se vide, qu’on chasse de soi tout ce qui n’est pas Dieu et qu’on vide complètement cette petite maison de notre âme pour laisser toute la place à Dieu seul […] C’est un temps de grâce, c’est une période par laquelle toute âme qui veut porter des fruits doit nécessairement passer. Il lui faut ce silence, ce recueillement, cet oubli de tout le créé, au milieu desquels Dieu établit son règne et forme en elle l’esprit intérieur. […] On ne donne que ce qu’on a et c’est dans la solitude, dans cette vie, seul avec Dieu seul." (Oeuvres spirituelles, p. 765)

La retraite spirituelle

Le désert, cet espace de l’extrême et de l’intime, dispose au sacré et favorise la quête spirituelle. Jésus aimait se retirer dans un lieu isolé pour prier et se retrouver seul avec le Père. Il est bon pour nous aussi de prendre des temps de désert afin d’entrer au plus profond de nous-mêmes et d’y retrouver l’essence de notre vie, la présence de Dieu. Ces moments de mise à l’écart, de retraite spirituelle, ne sont pas du temps pris sur nos engagements. Nous nous retirons un moment avec Jésus pour mieux revenir avec lui vers nos frères et sœurs.

La retraite spirituelle, qui dure normalement une semaine, se vit seul ou avec d’autres. Elle a pour but de renouveler la foi et l’espérance par des enseignements, des offices liturgiques, l’accompagnement spirituel, la prière personnelle et communautaire. Durant ce ressourcement, le silence soude mystérieusement les retraitants entre eux. Il se dessine une fraternité du cœur où l’Église s’intériorise.   

Charles de Foucauld signale deux attitudes intérieures à vivre dans ces temps de désert : l’humilité du cœur où l’on ne s’appuie que sur Dieu, la pauvreté intérieure où nous acceptons tout ce que Dieu veut.  

Le Carême peut être vu comme un temps de désert, une retraite spirituelle en compagnie de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos » (Matthieu 11, 28). L’essentiel est mis sur le dépouillement du cœur et l’attente silencieuse de Dieu dans la prière. 

Aujourd’hui, le défi est grand, avec nos horaires surchargés, de nous donner des temps de désert, de nous arracher au train-train quotidien, de nous livrer à la prière intérieure. Alors, ce désert peut être un espace réservé à la maison, un moment d’adoration à l’église, une fin de semaine dans un monastère, une louange avec un groupe de prière, une journée dans un centre spirituel, une randonnée dans la nature… À vous de découvrir votre désert intérieur.

Article paru en partie dans Prions en Église Canada, mars 2023, p. 193-194.

Lire les articles de mon blogue sur le Carême, cliquez ici.
Lire aussi l'article: Prédicateur de retraites.

Pour aller plus loin: Saint Charles de Foucauld, passionné de Dieu (Emmanuel/Novalis).
En sa présence. Autobiographie spirituelle (Artège/Novalis)

Voir ma vidéo du 23 février 2023, "Pourquoi se retirer au désert?", dans ma chaîne YouTube:  cliquez ici.

 

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vendredi 23 février 2024

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