Interview dans la revue Glasnik Mira

Je vous partage l'entrevue que j'ai donnée à Sabrina Covic Radojicic pour la revue croate internationale Glasnik Mira. L'article a été publié dans le numéro de mars 2021, p. 20-23. La traduction du français au croate est l'oeuvre de Davorka Jurcevic-Cerkez. Pour voir ce numéro et mon article en croate, cliquez ici.

Interview Medju. 1

D’où venez-vous, Jacques Gauthier?

Je suis né au Québec le 4 décembre 1951, près du sanctuaire marial Notre-Dame du Cap. Je suis le deuxième d’une famille de cinq enfants. Ma mère avait promis à la Vierge Marie que si l’accouchement se passait bien elle lui consacrerait son bébé. Je fus donc baptisé le 8 décembre, jour de l’Immaculée Conception. 

Marie a donc une grande place dans votre vie?

Une place centrale. Je l’ai toujours priée. À la maison, nous récitions le chapelet en famille. Aujourd’hui, j’aime bien « marcher » le chapelet à l’extérieur avec mon épouse. Cela fait 42 ans que nous sommes mariés et Marie a toujours été au cœur de notre couple. Elle nous accompagne, nous console, nous conduit toujours à Jésus. « Tout à Jésus par Marie », disait saint Louis-Marie Grignon de Montfort. 

Y a-t-il un prêtre qui a joué un rôle dans votre jeunesse?

Je pense au frère de ma mère, un franciscain. J’ai été hospitalisé pour une jaunisse vers l’âge de quatre ans. Mon oncle me visitait. Il était vêtu de sa longue bure couleur de terre. Je jouais avec son cordon blanc à trois nœuds. Pour moi, cet homme était une image de Dieu. À travers lui, je rencontrai François d’Assise. 

À ce moment-là, qui était Jésus pour vous?

Depuis mes souvenirs les plus lointains, j’ai toujours parlé à Jésus comme à un ami. Je lui disais que je voulais être son missionnaire, son témoin. Bref, j’ai été saisi par l’amour du Christ dès l’enfance. J’aimais le rencontrer à la messe, même si c’était en latin, ce qui ajoutait à ma soif de mystère et de poésie. À la maison, je lisais les bandes dessinées racontant la vie de saints. Je me souviens aussi de mon premier missel, un gros livre en cuir, qui m’a ouvert le cœur au parfum des Psaumes, au souffle des prophètes, aux paraboles de Jésus. 

À l’adolescence, fréquentiez-vous l’école catholique?

Au Québec, les écoles publiques étaient catholiques, ce qui n’est plus le cas maintenant. Durant mon adolescence, j’ai remplacé mes holy stars par des rock stars. J'avais décidé d'aller en Californie en autostop avec un ami pour mieux connaître des Jesus peoples vus à la télévision. La police américaine nous ramena au Québec. J’avais demandé à Dieu : « Si tu existes, révèle-toi à moi. » Le 2 juin 1972, il me répondit par Marie et une communauté de jeunes à Drummondville. À la prière du soir, j’ai récité trois Je vous salue Marie avec d’autres jeunes ; j’ai basculé dans la joie et je ne m’en suis jamais remis. J’ai été touché par le Christ, blessé au cœur par sa miséricorde. 

Quand avez-vous commencé des études en théologie?

Quelques mois après ma conversion, je suis parti en France pour vivre avec des personnes handicapées à l’Arche. Là, j’ai découvert les œuvres mystiques de saint Jean de la Croix qui me marquèrent profondément. Voilà un poète, docteur de l’Église, qui me montrait concrètement comment aller à Dieu. Je suis revenu au Québec pour entrer à l’abbaye cistercienne d’Oka, près de Montréal. J’y suis resté quatre ans comme moine, m’initiant à la liturgie et à l’étude des pères de l’Église. Mais le Seigneur m’appelait surtout à devenir écrivain et professeur, à témoigner de lui par l’écriture et la parole. Après des études de maîtrise, j’ai commencé un doctorat en théologie à l’Université Laval de Québec. 

Quel a été le sujet de votre thèse de doctorat?

La théopoésie de Patrice de La Tour du Pin (1911-1975). J’étais fasciné par ce poète français qui faisait des liens entre la quête de joie et la spiritualité chrétienne, la poésie et la théologie, ce qu’il appelle la théopoésie, l’art de traduire le spirituel en parole. J’ai publié quatre livres sur sa vie, son œuvre, ses hymnes liturgiques. Je publierai par la suite une vingtaine de recueils de poèmes, où je témoigne de la beauté en chaque chose, malgré la présence du mal.

Et votre épouse, quand l’avez-vous connue?

J’ai rencontré Anne-Marie en 1978 dans une communauté nouvelle où elle vivait. Elle avait demandé à Jésus de lui envoyer comme époux un homme de prière. J’arrivai au bon moment. Nous nous sommes reconnus dans le Christ et nous avons pris chair en lui, fondant une famille de quatre enfants. Après mon doctorat, je fus embauché en 1987 comme professeur à l’Institut de pastorale de l’Université Saint-Paul à Ottawa. J’ai enseigné pendant une vingtaine d’années la pastorale liturgique, la théologie du couple et de la famille. Puis, ma foi prit un tournant inattendu autour de la quarantaine. Elle devint désert, sécheresse, ennui, doute, solitude. 

Comment êtes-vous sorti de cette crise?

À l'été 1995, une double pneumonie me clouait au lit. Je me suis totalement abandonné au Seigneur. En acceptant ma mort, c’est la vie que j’accueillais. J'empruntai un autre passage, la petite voie d'amour et de confiance de sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, qui marqua la fin de ma crise de la quarantaine. Je dois beaucoup à cette jeune carmélite qui comprit par sa vie que l'amour infini du Dieu Père, Fils et Esprit se complaît surtout dans ce qui est petit, faible, délaissé, éprouvé. Je lui consacrerai par la suite une dizaine de livres, animant avec elle des retraites spirituelles au Canada et en France dans les paroisses, sanctuaires et centres de prière. La petite Thérèse me conduira jusqu’à Rome où, avec mon épouse et le cardinal Marc Ouellet, je remettrai à Jean-Paul II mon livre J’ai soif. De la petite Thérèse à Mère Teresa. J’écrirai plusieurs livres sur les âges de la vie, la prière, la sainteté, tous des thèmes de mes retraites.

C’est tout de même assez inhabituel un laïc qui prêche des retraites?

Je me considère comme un fruit du concile Vatican II, prenant au sérieux l’appel universel à la sainteté. Je n’ai aucun titre clérical et je ne fais pas partie d’un mouvement particulier. Je veux être tout à tous, allant là où le Seigneur me veut, pour son Église que j’aime. Ce sont surtout les prêtres et les évêques qui me demandent d’animer des retraites. J’envisage ce ministère de prédication comme une pastorale d’enfantement, dans le prolongement de mon baptême et de ma confirmation. Il n’est pas fondé sur le mérite ou la vertu, comme l’est d’ailleurs l’Évangile, mais sur l’amour de Jésus, la confiance en l’Esprit Saint et le partage des charismes. Je reste humble devant cette vocation exigeante, m’appuyant sur la grâce de mon sacerdoce baptismal et de mon mariage. Parfois, mon épouse m’accompagne; elle prie toujours pour moi, portant la mission par l’offrande de sa vie.

Et Medjugorje? Quand en avez-vous entendu parler la première fois?

Je pense que c’est par le père Émilien Tardif. J’ai lu aussi les travaux de l’abbé René Laurentin, entendu plusieurs Canadiens qui étaient venus en pèlerinage. Comme professeur de théologie pastorale, j’étais ouvert à ce qui se vivait là-bas. Il n’y a pas d’un côté la religion savante et de l’autre la religion populaire, mais des expressions différentes de la foi. Notre foi n’est pas désincarnée, elle se situe dans une histoire sainte et a besoin de médiations, de dévotions, de signes concrets et de modèles, d’où l’importance des sanctuaires et des maisons de prière. Ma fille Isabelle, qui a été bénévole au sanctuaire de Lisieux pendant plusieurs années, a fait partie de l’équipe d’animation du Festival des jeunes à Medjugorje. 

Quand êtes-vous venu à Medjugorje? 

Du 26 avril au 5 mai 1988. J’accompagnais un groupe de pèlerins avec Daria Klanac et plusieurs prêtres. Je voulais voir comment la paroisse accueillait les apparitions et comment les voyants s'intégraient à la vie paroissiale. À mon retour, j’ai publié un article dans la revue L’Église Canadienne du 15 septembre 1988 : « Medjugorje. Un rendez-vous avec la paix ». En complément à mon texte, le père Yvon St-Arnaud, oblat de Marie-Immaculée et psychologue, publiait la synthèse de sa rencontre qu’il avait faite avec les voyants en février 1988. Il faisait ressortir certains traits de maturité des voyants au point de vue psycho-social, personnel et religieux, concluant qu’il n’y voyait pas de leur part « la moindre tendance à la supercherie, à l’hystérie, à l’hallucination ».

Qu’avez-vous retenu de votre séjour à Medjugorje? 

Je constatais que les pèlerins étaient renouvelés dans leur espérance au Christ, à cause surtout d’une démarche de foi vécue dans la paix, la prière, le jeûne, l’adoration eucharistique, la vie sacramentelle. Nous retrouvons ces grands thèmes dans les messages de Marie aux voyants. L’essentiel n’est pas mis sur les guérisons ou les miracles, même s’il peut en avoir. La tentation est de s’attacher au caractère merveilleux et sensible de ces manifestations. Il me semble que l’attitude pastorale à développer est de ne pas rejeter les signes ni les rechercher, mais de rester attentif à ce que le Seigneur veut nous dire. Medjugorje demeure pour moi un haut lieu de conversion où l’on se met à l’école de Marie et de l’Évangile. Il y a là une présence mystérieuse, réelle, de Marie. Elle n’est pas un objet de vitrine, mais une personne vivante avec qui on peut avoir une relation personnelle. En autorisant les pèlerinages officiels depuis le 12 mai 2019, le pape François reconnaît les fruits spirituels abondants reçus par des millions de pèlerins autour de la croix de Jésus et de notre mère Marie.

Vous avez écrit la biographie spirituelle de Georgette Faniel (1915-2002), une mystique de Montréal qui a un lien particulier avec Medjugorje.

Les pères Guy et Armand Girard, qui ont publié des livres sur Medjugorje, m’ont confié les écrits spirituels de cette femme de foi qui désirait par-dessus tout accomplir la volonté du Père éternel. Tout semble tellement miraculeux dans sa vie eucharistique et mariale : paroles intérieures de Jésus, stigmates invisibles, conversations avec Marie, combats contre le démon. En 1985, l’Esprit Saint lui suggéra d’offrir sa vie pour la reconnaissance des apparitions de Medjugorje. Elle noua des liens avec les franciscains et les voyants, dont plusieurs vinrent la visiter à Montréal. Le père Slavko Barbaric célébra l’eucharistie dans son appartement. Du 2 février 1986 au 2 mars 1995, elle a correspondu avec le père Janko Bubalo. Jusqu’à sa mort, le 2 juillet 2002, Georgette Faniel a porté dans sa prière et sa souffrance l’expérience de foi qui se vit à Medjugorje. Pour en savoir plus, voir son site web en trois langues : https://www.georgettefaniel.com/fr/     

Vous êtes très présent sur les réseaux sociaux. Vous avez un site web, un blog et une chaîne YouTube. Pourquoi faites-vous tout cela?

Pour Jésus, pour le faire connaître et aimer. L’Esprit Saint me donne l’énergie nécessaire pour bien utiliser ces outils de la nouvelle évangélisation. Mon site web existe depuis dix ans : www.jacquesgauthier.com . Mon blogue contient près de 600 articles. Mes retraites étant annulées à cause de la Covid-19, je les ai mises en ligne dans ma chaîne YouTube. Tout est gratuit. « Tout est grâce », disait Thérèse de Lisieux. Je n’ai qu’un désir, un peu comme Charles de Foucauld, dont je viens d’écrire un livre : discerner la volonté de Dieu pour mieux l’accomplir. Avec Marie, je ne peux que dire : « Qu’il me soit fait selon ta parole ». Telle est ma joie. 

Poème à Marie, Reine de la paix 

La fraîcheur de la rosée
L’odeur de l’herbe
La valse des oiseaux
La couleur de l’aube
Le soleil sur la montagne
Le grand ciel bleu
Ô Marie, tu donnes la paix
 
La prière sur la route
Les pèlerins en chemin
Le chapelet récité
Le rythme des pas
La joie au cœur
Le clocher élancé
Ô Marie, tu donnes la paix
 
Les regards recueillis
Les voix mélodieuses
Les bras levés
Les genoux pliés
Le silence éloquent 
L’église de Medjugorje
Ô Marie, tu donnes la paix

 

Lire aussi ces articles du blogue:
https://www.jacquesgauthier.com/blog/entry/temoignage-ma-vie-avec-les-saints.html
https://www.jacquesgauthier.com/blog/entry/2-juin-ma-rencontre-du-christ.html
https://www.jacquesgauthier.com/blog/entry/pelerinage-a-medjugorje-2020.html
https://www.jacquesgauthier.com/blog/entry/georgette-faniel-le-don-total.html

Pour aller plus loin: Georgette Faniel, le don total (Novalis).

Peut-on donner un nom aux anges?
De la mort à la vie

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